Kim Jee-woon disciple de Che Guevara l KBS WORLD Radio
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Kim Jee-woon disciple de Che Guevara

#Tout un cinéma l 2018-08-08

Séoul au jour le jour

ⓒ YONHAP News

A l’occasion de la sortie d’« Inrang : The Wolf Brigade », adapté d'un manga nippon, le cinéaste Kim Jee-woon a déclaré qu’il admirait Che Guevara et que le révolutionnaire sud-américain était un modèle pour lui. Tentons, cette semaine, de voir ce qu'il voulait dire par là.


* Révolutionner les genres

Il est clair que Kim Jee-woon n'est pas porteur d'un univers personnel cohérent qu'il souhaiterait porter à l'écran comme un auteur « classique » du cinéma. Il est quequ'un qui retravaille des œuvres déjà classiques, qui les subvertie à l'aide de dynamiques qui lui sont propres. Son « Doomsday Book » s'en prenait au film de SF ; « Le Bon, la Brute et le Cinglé » au western ; « A Bittersweet life » au film de gangsters ; « Deux soeurs » au film d'horreur ; etc. Même « Last Stand » tourné par Kim à Hollywood, est une tentative – avortée – de subversion du Body-movie. La question est donc : qu'elles sont les dynamiques propres à Kim Jee-woon ?


*Guevariser les héros

Si on suit les héros masculins des films de Kim – et ils sont largement majoritaires – on constate une sorte de guévarisation de leur charactère : ils appartiennent à la fois à quelques structures importantes (comme Guevara à l'Etat Cubain) mais jouent les francs-tireurs malgré tout, et surtout malgré leurs accointances avec des leaders qui leur veulent du bien (comme Guevara avec Fidel Castro). Le héros de « A Bittersweet Life » a un lien étroit avec son boss mafieux, pourtant il va tenter sa chance en indépendant jusqu'à se faire éliminer par ses propres compères. Dans « Le Bon, la Brute et le Cinglé », les uns après les autres, les pistoleros, prennent le large à la poursuite de leur propre destin alors qu'ils appartenaient tous à une organisation et à un plan bien établi. Dans « Age of the Shadows » c'est un collaborateur japonais qui s'écarte de sa structure de tutelle pour soudain, à la toute fin, jouer les anarchistes incendiaires.


* L'anti-système

Les choix des contextes de la plupart des films de Kim Jee-woon montrent qu'il cherche à subvertir des structures et des systèmes en place. Le film « Le Bon, la Brute et le Cinglé » est très clair : le choix de la Mandchourie des années 1930 pour cette transposition du western de Sergio Leone, est porteur de sens. Le pays sous une tutelle fantôche des impérialistes nippons couve de nombreuses rebellions coréennes notamment communistes avec les troupes pro-russes de Kim Il-sung, celles pro-chinoises de Kim Tu-bong et la communauté anarchiste de Kim Jwa-jin. Les héros de Kim Jee-woon se retrouvent dans la situation de Guevara partant ouvrir un front révolutionnaire en pleine forêt bolivienne, dans une région sans foi ni loi, ou tous les systèmes organisés s'écroulent. Dans « I Saw the Devil », le héros autait pû être un banal monsieur lambda qui venge l'assassinat de sa fiancée. Mais non, Kim en fait un agent secret du NIS, le service national du renseignement, un cadre pour le moins consistant puisqu'il s'agit d'une état dans l'état. Il n'empêche que le sémillant agent secret va voir son monde s'écrouler sous les coups du tueur diabolique et imprenable joué par Choi Min-sik. Toutes ses valeurs, tous son univers bien formaté par les cadres du NIS tombent peu à peu. Au point qu'il doit abandonner toutes croyances, et comme Dante à la porte des enfers, il doit renoncer à toutes espérances, à toutes les illusions fabriquées par la civilisation.


*Guevara, Kim Jee-woon = même combat ?

Enfin, c'est à la carrière même du cinéaste que la référence au guévarisme peut faire allusion. Car Kim n'a pas renoncé à poursuivre son rêve alors qu'il aurait pu, après ses premiers succès, capitaliser tranquillement en alignant des navets à gros budgets. Il ne serait pas le premier, ni le dernier. Mais son charactère taciturne comme celui du Che, sa soif d'aventures nouvelles, son refus de faire du gras à la table des parvenus l'ont, par exemple, amener à tenter le malheureux « Last Stand » hollywoodien. S'il n'a pu se faire à l'Amérique, Kim a ramené l'Amérique chez lui en Corée du Sud avec ses deux derniers films produits par la Warner Bros « Age of the Shadows » et « Inrang ». C'est qu'il refuse les systèmes de l'industrie locale et joue sur ses alliés objectifs – mais dangereux – pour les ébranler.


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