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Pologne et orphelins nord-coréens

#Tout un cinéma l 2018-12-05

Séoul au jour le jour


Le docu-fiction « Children Gone to Poland » de l'actrice et réalisatrice sud-coréenne Choo Sang-mee, qui a été projeté comme film d’ouverture au Human Right Festival de Jeonbuk 2018 du 29 novembre au 1er décembre dernier, part sur les traces d'orphelins de guerre nord-coréens envoyés dans des orphelinats polonais. Dans les années 1950, la Pologne faisait partie du bloc soviétique tout comme la Corée du Nord, et il s'agissait de solidarité socialiste. C'est de cette donnée dont le film n'arrive peut-être pas à se départir en cherchant à insister sur « l'horreur » pour des Coréens, du Nord comme du Sud, d'aller vivre à l'étranger.


*L'histoire

Nous sommes au début des années 1950. En pleine guerre de Corée, le dictateur nordiste, Kim Il-sung, fait envoyer à ses alliés russes, hongrois et polonais des milliers d'orphelins. 1 500 arrivent en Pologne à Plakowice. Ils vont y rester six ans, plutôt dans de bonnes conditions, avant de retourner dans leur pays natal. C'est sur leur pas que repasse la réalisatrice Choo accompagnée par une réfugiée nord-coréenne qui fait le parallèle avec les familles divisés après avoir quitté le Nord. Certains anciens instituteurs polonais sont encore vivants et témoignent. Larmes et sourires contrits sont au rendez-vous, c'est ce que le film cherche.


*La situation

On peut suspecter, (comme on en a eu confirmation pour les Nazis et Israël), les soviétiques, y compris nord-Coréens d'avoir tenté un nouveau style d'éducation en dehors des cadres familiaux afin de créer une nouvelle « race » de super-hommes pour l'avenir. Mais ce qui est plus probable, ici, c'est qu'il s'agissait d'une entraide montrant les liens que la nouvelle Corée du Nord (formée seulement en 1948) voulaient tisser avec le bloc socialiste. Les destructions étaient grandes dans la péninsule. La Pologne, elle, s'était déjà reconstruite mais remâchait des horreurs. Les camps de concentration nazis pullulaient en Pologne avec la complicité de certains Polonais. Mais il faut aussi rappeler que ce pays d'abord envahi par Hitler, l'est ensuite par l'armée soviétique, et que cela aboutira au massacre de Katyn (massacre de milliers d'officiers polonais). Malgré les énormes sacrifices des Polonais pour vaincre les nazis, l'animosité de Staline envers la Pologne a fait qu'à la Libération le statut du pays reste sur la balance. La présence de nord-Coréens totalement asservis à Staline peut se voir comme une prise en main et n'a, en tout cas, rien d'horrible.


*Réfugiés ou adoptés ?

Le film de Choo cherche à montrer la joie des enfants nordistes chez les hôtes polonais en l'opposant aux douleurs vécues au retour et dont témoignent les lettres des enfants à leurs anciens instituteurs polonais. La mort d'un des enfants tentant de quitter la Corée du Nord est censé prouver le tout. Il s'agit donc d'un projet où l'on suspecte le régime nordiste d'avoir fait disparaître les enfants qui ont goûté de la liberté... dans la Pologne soviétique ! C'est peut-être le cas, mais le film ne retient que les complaintes qui peu à peu ne sont plus celles orientées vers le Nord mais contre tout ce qui diviserait les Coréens. Dans les faits, les orphelins ont été adopté en masse dans le Sud par des familles américaines et européennes en mal d'enfants. Ce n'était pas tous des orphelins de guerre, la misère des années 50-60 et les problèmes d'enfants adultérins ont aussi beaucoup joués. Aujourd'hui, par convenance idéologique, cela est présenté comme une sordide traite d'enfants organisée par des étrangers – et le film y fait écho – . Pourtant beaucoup ont été accueillis par des familles aisées. 


*Le style du docu-fiction

Avec ce sujet difficile, Choo Sang-mee nous concocte un docu-fiction basique. Retourner sur les traces du passé, c'est très bien. Citons « Shoah » de Lanzmann, « S21 » de Rithy Panh ou encore « Che Guevara, le journal de Bolivie » de Dindo mais si, eux, refusaient les images d'archives toujours douteuses, ils n'introduisaient pas de fictions ni ne manipulaient les témoins pour pleurer devant la caméra. On avait critiqué la scène où Sophie Bredier (Film « Nos traces silencieuses ») avait mis ses parents adoptifs face à la caméra comme devant un tribunal, les accusant de tous les mots, provoquant les larmes et le rejet. On avait aussi critiqué la manipulation des films de retrouvailles familliales où l'on prétend échanger des secrets intimes alors qu'une équipe de dix personnes est tout autour en train de filmer. Bref, le docu-fiction reste une vielle méthode nauséabonde, en Pologne comme ailleurs.


Pour « Children Gone to Poland », Choo Sang-mee va être décorée au Festival international de cinéma de la paix Bitgaram 2018 qui débute aujourd’hui.

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