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Take point : Ha Jung-woo sauve le monde

#Tout un cinéma l 2019-01-09

Séoul au jour le jour


 « Take Point » alias « PMC The Bunker » de Kim Byoung-woo, a mis du temps à sortir sur les écrans. Ce n'est pas faute au tournage qui se déroule seulement dans un bunker et lors d'un saut en parachute. Cherchons-en la cause plutôt dans le message qu'a voulu donner le film ou qu'il aurait voulu donner et celui qu'il a enfin donné. Et c'est, effectivement, un long pensum.


*Ha Jung-woo producteur héroïque en parachute

Il y aurait plusieurs façons de raconter l'histoire de « Take Point » ; la plus simple serait celle où le mercenaire renégat Ha Jung-woo apprend l'argot américain pour donner la réplique à d'autres terribles mercenaires dans une chambre d'hôtel de luxe où la télé est même installée dans les toilettes. Vient ensuite un imbroglio avec une certaine Meg qui est aussi sur écran dans des bureaux genre loués à la journée et qui prétend travailler avec, contre et pour la CIA. Et ceci, afin de faire gagner les élections présidentielles à son candidat chéri. L'affaire est rude pour le courageux Ha qui ne cesse de se rappeler comment il a perdu sa jambe en voulant aider son ami parachutiste (plusieurs flash-back confirment ses dires : on est rassuré). Puis vient le clou avec Ha qui se débat dans un bunker assailli de toutes parts et où ce trouve rien moins que le grand leader de Corée du Nord. Là commence une bromance entre lui et un officier nordiste joué par l'excellent Lee Sun-gyun de « A Hard Day ». Sauver le leader ou son nouvel ami ? Ha Jung-woo n’hésite pas, il sauve les deux dans un saut en parachute aussi parachuté que toutes les péripéties de cette histoire.


* Images des relations avec la Corée du Nord comme enjeu

Après plusieurs films qui illustraient la main tendue du gouvernement de Corée du Sud à la Corée du Nord comme « Steal Rain » ou « Confidential Assignment », le durcissement progressif de la position américaine a compliqué la donne. Plusieurs films avaient été au diapason des mots d'ordre gouvernementaux. Par exemple, « Confidential Assignment » montrait comment un petit flic sudiste travaillait main dans la main avec un ténébreux militaire d'élite du Nord pour contrer un coup d'Etat au Nord et préserver les « bons » leaders des « mauvais ». « Steal Rain » montrait comment un officier sudiste aidait un bel officier nordiste à sauver la personne du grand leader du Nord (qu'on évitait de nommer). Dans les deux cas, les autorités américaines étaient de dangereux faux alliés voulant mettre la main sur la précieuse péninsule extraordinairement convoitée. « Take Point » ne semble, au départ, rien moins qu'enfoncer le clou : sauver le leader nordiste des manigances des puissances chinoise et américaine (l'ironie va jusqu'à ce que cela se fasse en transfusant à mort le sang d'un jeune américain vers le glorieux leader). Mais il y a du tirage dans le scénario : comme le montre le final, on sent que le discours qui voudrait que ce soit l'amitié virile et indéfectible des soldats de base qui l'emporte sur le sacrifice pour sauver les dirigeants se maintient en sous-texte.


* Creuser le filon

Il est clair que le filon du rapport à la Corée du Nord et aux puissances étrangères à encore de beaux jours au cinéma. L'introduction d'un sud-Coréen apatride joué par Ha Jung-woo apporte une nouvelle nuance. Le sacrifice pleuré du jeune Américain en apporte une autre. Est-il le souvenir des jeunes GI tués lors de l'intervention de Mac Arthur durant la guerre de Corée ? Ou une cruelle ironie de retournement du sort ? L'introduction des manigances autour de l'élection présidentielle américaine est une autre nuance qui introduit la manipulation idéologique à un haut niveau, renvoyant les dirigeants de tous les bords dos-à-dos comme dans « The Net » de Kim Ki-duk. Les aléas géo-politiques actuels, et la capacité des producteurs à retoquer les films même après tournages nous réserve encore d'étranges surprises.

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