Aller au menu Aller à la page

Extreme Job : du lard ou du cochon ?

#Tout un cinéma l 2019-02-13

Séoul au jour le jour


Les vacances du Nouvel an donnent lieu chaque année à la sortie d'un blockbuster des familles qui engrange des sommes faramineuses au box-office. Cette année, le Jour de l’an lunaire tombait le 5 févier et c'est le réalisateur Lee Byung-heon qui s'y est collé. Connu pour ses comédies déjantées, cantonné à un remake de film tchèque l'année dernière, il était attendu pour son « Extreme Job » du Nouvel an.


* Parodie et demie

Cette histoire invraisemblable de flics ratés qui ouvrent un restaurant de poulets panés débute bien comme une parodie mais s'enlise rapidement dans le genre comédie-d'action qu'il semblait vouloir parodier. Est pris qui croyait prendre. La première séquence est la plus originale et réussie du film. Un groupe de flics paumés, incompétents et fauchés tentent d'arrêter un dealer. C'est grâce à la chance (un accident de voiture rocambolesque) et une femme qui ne se laisse pas voler sa voiture si facilement, qu'ils y parviendront. Ces thèmes de la chance et de l'action « citoyenne » qui vient à point pour se substituer à des flics incompétents reparaissent trop parcimonieusement dans le film, comme la trace du projet d'origine.


*Défouloir de la violence

Après cette première séquence d'anthologie qui rappelle le meilleur des films de Lee Byung-heon (« Cheer-up Mister Lee » ou « Twenty »), « Extreme Job » retombe dans le grotesque et dans les bastons interminables typiques de l'action-comédie « made in Korea ». Le réalisateur tente par endroit de faire comprendre qu'il voudrait faire une parodie, comme lors de la décision absurde de racheter un restaurant pour surveiller des dealers ; ou encore, quand la célèbre chanson chinoise du film de John Woo « A Better Tomorrow » résonne sur une scène irréaliste de bastons. Mais ce qui domine ce sont les blagues grasses du grotesque, des mimiques que Louis De Funes lui-même trouverait lourdes, et surtout des bastons interminables, véritables exutoires pour des spectateurs employés de bureau brimés, venus imaginer qu'ils tabassent leurs patrons, leurs collègues ou encore quelque membre de leur famille. Tournés en pilotage automatique, ces bastons de jeux vidéo montrent que la touche parodique de Lee Byung-heon a fait long feu.


* La drogue et les Chinois

Il faut, néanmoins, revenir sur deux thèmes originaux du scénario : la drogue et les Chinois. Car les films sur les trafics de drogues sont très rares en Corée du Sud. Récemment, « The Drung King » avec Song Kang-ho ouvrait la boîte de pandore. « Extreme Job » enfonce le clou. Jusqu'ici invisibles, cantonnés aux produits « spéciaux » ingurgités par les stakhanovistes de la K-pop ou aux fantaisies de riches héritiers protégés par la police, les trafics de drogues sont devenus bien réel dans le pays au point d'en faire un thème de film. Et on voit, presque pour la première fois, le portrait de consommateurs imaginaires : une femme plutôt maigre et pauvre qui se fournit par les livraisons à domicile de « chickens ». Des traces violacées d'un autre jeune homme, plutôt pauvre lui aussi, et aux yeux rougeâtres. Enfin, l'un des flics, le plus jeune, sniffe de la cocaïne par mégarde. On le voit alors délirer, chanter, danser et même se bastonner avec des trafiquants : un nouveau type de personnage est né. Un autre type, pas vraiment nouveau, mais relativement rare, est celui des Chinois. Ici, ils sont trafiquants de drogues, gangsters au front bas. On les entend parler leur langue mais aussi le coréen, suggérant ainsi la place de plus en plus grande de l'immigration chinoise dans le pays, et le lien, d'une partie d'entre elle, avec le crime organisé.


La cas du réalisateur Lee Byung-heon rappelle d'autres cas de cinéastes venus de l'indépendant et valorisés grâce à cela, qui rejoignent l'industrie « mainstream » en perdant ce qui faisait leur qualité. Ces retournements de veste ne sont pas nouveaux au pays du Matin clair où l'opportunisme est roi, mais montrent bien que le modèle actuel du développement du cinéma sud-coréen est un démarquage de celui d'hollywood avec ces indépendants comme anti-chambre du « mainstream ».

Contenus recommandés