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The Odd Family : attention, petit bijou d'humour noir

#Tout un cinéma l 2019-03-13

Séoul au jour le jour


« The Odd Family » de Lee Min-jae est le petit bijou d'humour noir et de zombies qu'on attendait avant la rencontre Donald Trump-Kim Jong-un. Le film n'est pas loin d'être au niveau d'un « Karaoke Crazy », d'un « Room 7 » ou du segment zombie de « Doomsday Book » par sa loufoquerie, sa liberté de ton, ses inventions scénaristiques et filmiques. Malheureusement sabré par une distribution catastrophique, nous allons quand même voir de quoi il s'agit.


* L'Adams Family en Corée du Sud

Cette histoire de famille de branques n'est pas sans rappeler la célèbre « Adams Family » de la télévision américaine des années 1960. Un père (Park In-hwan) tricheur au jeu ; un frère (Jung Jae-young) marié à une mégère non apprivoisée (Uhm Ji-won) et trop poli pour être honnête ; une sœur (Lee Soo-kyung) nunuche paumée dans ses rêveries ; un jeune frère (Kim Nam-gil) magouilleur et opportuniste comme il n'est pas permis : tout ce beau monde survit autour d'une station service paumée de la campagne autour de la ville de Jeonju ; si paumée que personne n'est au courant de ce qui se passe dans le train pour Busan et l'épidémie de zombies, jusqu'à ce que l'un d'entre eux (Jung Ga-ram) ne débarque.


*Les zombies au pays de l'opportunisme roi

Pauvre zombie : lorsque la famille découvre que ses morsures redonnent vigueur et jeunesse au vieux (il urine pendant des heures : c'est un signe), la seule idée obsédente qui saute aux yeux de la famille Park est celle de monter un bizness avec. Tous les vieux de la région se pointent, l'argent coule à flot, et la jeune sœur tombe amoureuse du zombie aux yeux bleus tandis que les membres de la famille sont prêts à s'entretuer pour que les affaires fonctionnent. Bref, le zombie mangeur de choux a l'air plus humain que ce microcosme social dopé à l'opportunisme et à la cupidité.


*Inventivité débridée

Le scénario de « The Odd Family : zombie on sale » retrouve la structure débridée, la chaos-errance des films des années 1980-90 (final interminable et imprévisible), avec une inventivité qui ne se contente pas de clichés et ni de moraline. Citons le zombie obsédé par les choux qu'il ne cesse de dévorer (l'allusion sexuelle est, peut-être, fortuite) ; la mégère digne d'un démon de manga ; le grand frère tout gentil qui ne rate pas l'occasion de faire un saut coup de pied de kungfu avant de s'excuser auprès de ses victimes : la référence à « Memories of Murder » de Bong Joon-ho est sybilline. Le jeu des citations continue avec « Twenty » et les ralentis sur des plans clichés entre la sœur et le zombie amoureux sur une musique sirupeuse à l'ironie bienvenue. Mais on aura rarement vu un flic, qui se la jouait perfectionniste et honnête, danser aussi bien qu'un DJ de Daft Punk en se faisant électrocuter.


*Que s'est-il passé ?

Même le final du film ne veut pas revenir à du tout-cuit pour spectateurs bas de plafond : Séoul est ravagée par l'épidémie, les zombies sont partout et la famille Park continue à faire des affaires. Le sens des affaires et le sens du ridicule se rejoignent pour un film qui subvertit au passage nombre de « prêts-à-penser » sur les liens familiaux, l'innocence et l'hônneteté de la réussite sociale. Si la station service se modernise quand l'argent croule, elle explose en feu d'artifice quand la mort rôde. C'est donc mieux que le décevant – hormis ces 20 premières minutes – « Extreme Job » et ses 14 millions d'entrées qui, même s'il est aussi du genre film d'humour noir, n'a pu se maintenir à ce niveau d'inventivité.


Malgré une sortie catastrophique, qui a vu ses écrans se réduire de moitié dès le troisième jour de diffusion en salles, le film devrait faire des petits. Du moins, nous l'espèrons.

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