Aller au menu Aller à la page

Money : est-ce bien honnête ?

#Tout un cinéma l 2019-04-17

Séoul au jour le jour


Le film « Money », un premier film signé par la réalisatrice Park Nuri, souligne combien le genre dominant en Corée du Sud n'est plus le mélodrame - désormais cantonné à la télévision - mais le thriller sous toutes ses formes. Du coup, la difficulté est de trouver un sujet prétexte à ces désormais standardisées scènes d'enquêtes, de poursuites et de bastons qui se finissent toujours bien ; et qui sont, le plus souvent adaptés de romans. Avec « Money », qui est une adaptation, on a la variante « stock markets ». Sujet bien réel en Corée du Sud mais, comme souvent, c'est le décorum qui est le vrai sujet.


*Intrigue classique

Un jeune coursier – joué par Ryu Jun-yeol – est à deux doigts de se faire virer. Il n'a pas l'étoffe du métier. Mais alors que sa vie est sur le point de basculer, on lui présente le grand gourou secret du marché – joué par Yoo Ji-tae qui reprend là un peu son personnage dans le film « Old Boy » de Park Chan-wook. Du coup, tout tourne pour le mieux pour le jeune loup devenu un gagnant. Mais voilà qu'un inspecteur des services financiers – interprété par Jo Woo-jin - va jouer les empêcheurs de tourner en rond. Celui qui est réputé comme un chasseur de chien, flaire une embrouille du côté du jeune loup. Et il n'a pas tord.


* Le marché financier pour les nuls

La Corée du Sud est réputée pour avoir un nombre très important de familles endettées. Plus de la moitié du pays vit au-dessus de ses moyens. Entre traditionnelle obligation de standing et opportunisme du libéralisme sauvage, ces conditions donnent une importance cruciale aux marchés financiers et à la poignée de grosses compagnies qui les gèrent. Si une banque éternue, c'est tous les Coréens du Sud qui sont malades. Cette dépendance est si évidente que le film se passe d'explication pour introduire les mécanismes complexes du marché. Il les simplifie aussi beaucoup.


*Un jeu de rôles

Il est clair qu'en minimisant les enjeux réels des marchés financiers, « Money » cherche à faire tourner ses acteurs avec leurs bagages. C'est-à-dire que Ryu reprend beaucoup d'éléments de ses personnages précédents : le jeune homme naïf qui soudain est mis en ébullition par une affaire louche. De son côté, Jo rappelle les rôles d'hommes intègres qui ont fait les succès de films comme « Vétéran » avec Park Jung-min ou Ha Jeong-woo dans « 1987 ». Ces personnages étant une sorte de création de l'époque actuelle, un fantasme de l'homme anti-opportuniste que le public aime à rêver quand il ne le voit que très rarement dans la réalité.


*Le problème des fins de films écrites par des algorithmes

Comme souvent, le problème de ce genre de film vient de la phase des résolutions, la phase finale. Les algorithmes d'écriture de scénario achetés très chères par les compagnies savent mixer les intrigues, les personnages en fonction de leur datas puisées dans les plus grands succès du cinéma international. Mais, ils peinent à trouver des solutions véritables à ce maillage artificiel et, finalement, sans enjeu. Pour un algorithme, quand on lui demande que faire du méchant, il répond : on le supprime. Les principes, les idéologies, les fantasmes, les illusions et les réactions émotives des humains leurs sont étrangers, voire sont des erreurs dans leur système idéal. On flaire donc la formule toute faite pour le final : si l'argent rend fou alors il faut se soigner. CQFD. En attendant, la promotion du film a commencé par annoncer les millions rapportés par les ventes du film à l'étranger. Tout un symbole !

Contenus recommandés