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Séoul envisage de saisir l’OMC sur les restrictions commerciales japonaises

#Gros plan sur l'actualité l 2019-07-06

Journal

ⓒYONHAP News

Le gouvernement sud-coréen a entamé un examen juridique préalable à la saisine de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les restrictions prises par le Japon sur ses exportations de matériaux de haute technologie vers la Corée du Sud. C'est ce qu'a fait savoir mercredi un responsable des autorités commerciales. La veille, Tokyo a annoncé qu'il retirait Séoul de sa liste des pays bénéficiant d'une procédure simplifiée d'exportation pour trois matériaux technologiques, et ce à compter du 4 juillet. Pour la Cheongwadae, il s’agit bien de « mesures de représailles ».


Les produits visés sont le polyimide fluoré, le resist et le fluorure d'hydrogène. Le pays du Matin clair est fortement dépendant de son voisin pour l'approvisionnement de ces matériaux indispensables à la production des semi-conducteurs et des dispositifs d'affichage. D'abord, le polyimide fluoré est un matériel utilisé pour fabriquer les panneaux d'affichage Oled des smartphones et des téléviseurs. La valeur totale des importations de ce matériau par Séoul entre janvier et mai 2019 s'élève à 12,9 millions de dollars, dont 93,7 % proviennent du Japon. Le resist, quant à lui, est utilisé pour la gravure sur des plaquettes de silicium dans le processus de fabrication des puces électroniques et des écrans. Les importations sud-coréennes de ce matériau sur les cinq premiers mois de l’année ont atteint une valeur totale de 112,6 millions de dollars, la part de Tokyo représentant 91,9 %. Enfin, le fluorure d'hydrogène, également nécessaire pour la fabrication des semi-conducteurs, a été importé dans la péninsule pour une valeur totale de 64,7 millions de dollars sur la même période. La Chine compte pour 46,3 % de ces importations, et le Japon suit avec 43,9 %.


Si la nouvelle mesure du Japon entre en vigueur, ses entreprises devront obtenir une autorisation du gouvernement pour chaque exportation vers la Corée du Sud des produits en question. Ce processus pourrait prendre jusqu’à 90 jours.


Selon l’exécutif nippon, cette décision a été prise du fait que la relation de confiance entre les deux nations a été considérablement minée. En effet, il s'agit d'une mesure de représailles contre la décision de la Cour suprême sud-coréenne qui avait ordonné aux entreprises japonaises d’indemniser les anciens travailleurs coréens enrôlés de force durant la Seconde guerre mondiale.


Le secteur des TIC au pays du Matin clair risque d’être fortement affecté par cette mesure. Certes, la valeur totale des importations des matériaux concernés n'est pas en soi si importante. Pourtant, les conséquences pourraient être d'autant plus graves qu'il s'agit d’éléments indispensables à la production des puces et des écrans, ses produits d'exportation phares.


Dans une interview avec le quotidien Yomiuri Shimbun, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a affirmé que la décision de Tokyo était compatible avec les règles de l'OMC. Cependant, Séoul a entamé un examen juridique de l'affaire en vue de déposer une plainte auprès de l’institution. Il estime que la mesure japonaise va à l'encontre de l'article 11 du GATT, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, ancêtre de l'OMC. Cet article prohibe les restrictions quantitatives à l'importation et à l'exportation des parties contractantes, sauf s'il s'agit d'une mesure visant à prévenir un impact grave sur la sécurité nationale.


Cependant, le règlement des différends par le gendarme du commerce international est un processus de longue haleine, à commencer par les consultations bilatérales, en passant par l'établissement d'un groupe spécial chargé d’examiner le litige, jusqu'à la décision de première instance. Entre-temps, les retombées négatives sur l'économie sud-coréenne devraient être inévitables. Ceci dit, reste à savoir si Tokyo mettra réellement en application cette mesure de rétorsion qui suscite des polémiques aussi bien au sein des secteurs concernés que dans la presse de l’archipel.

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