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Longue vie au roi ou la pauvre ville de Mokpo

#Tout un cinéma l 2019-07-10

Séoul au jour le jour


Mokpo et ses gangsters sont, une nouvelle fois, à la une avec le film « Longue vie au roi » de Kang Yoon-sung avec l’acteur Kim Rae-won. C'est aussi une énième comédie d'action qui doit jouer de l'auto-parodie pour exister au milieu de tant de films semblables. Ici, le cadre est d'autant plus restreint que le film est basé sur un webtoon à succès qui mêle intrigues politiques et rivalités maffieuses.


*Gangstérisme politique

Kim Rae-won joue le boss d'un gros gang de Mokpo. Une ville dans le sud-ouest de la péninsule. Ses hommes sont chargés, comme d'habitude, de briser les manifestations qui iraient à l'encontre des intérêts des puissants. Sur ces entre-faits, il croise une juriste jouée par Won Jin-ah, qui lui lance le défi de changer de vie. Il relève le défi et décide de faire le bien autour de lui. Ce qui arrive plus tôt que prévu avec un accident de bus qui le propulse dans les médias comme le nouvel héros de Mokpo. Le grand saut vers la politique lui semble possible, et il se propose comme candidat aux élections législatives. Mais il marche sur les plates-bandes d'un autre politicien qui n'hésite pas à se lier à un gang rival de Kim pour empêcher son élection.


* Mokpo, un prix Nobel et une mauvaise réputation

La petite ville du sud-ouest de la Corée du Sud, Mokpo, aurait pu être le Perpignan sud-coréen, un paradis balnéaire et coloré comme la cité occitane. Malheureusement, la ville a, très tôt, sous la colonisation, été tournée vers l'industrie de la pêche et a abrité d'énormes complexes d'usines qui ravagé son paysage, ruiné ses côtes, mais favorisé l'émergence de tous les trafiques. Le film rebondit sur cette image qui n'est pourtant pas la seule. Car la cité a aussi abrité l'adolescence du président défunt Kim Dae-jung, figure de proue du mouvement démocratique, condamné à mort par les dictateurs, élu président et couronné du prix Nobel de la Paix. La ville lui rend hommage un peu partout, et lui-même a tenté de la désenclaver en faisant construire une autoroute et une voie ferrée rapide pour s'y rendre.


*Du sérieux à la comédie débridée

Le film semble vouloir commencer par du sérieux, du film social teinté de gangstérisme, mais les masques tombent rapidement pour laisser place au comique de situation pur et dur. Ceci commence par la parodie du dialecte et de l'accent des habitants de Mokpo. Mais aussi par de nombreux « private jokes » et clins d'oeil au public avec des apparitions de vedettes en caméo. Cela rappelle le gros succès de l'année « Extreme Job » dans lequel l'histoire part en vadrouille et on assiste à une série de gags presque comme dans les « talk show » télévisés. La confrontation entre la star des romances Kim Rae-won et le réalisateur à succès Kang (avec « The Outlaws ») n'a pas été facile. Kang s'est senti poussé des ailes après son premier film de gangsters bien reçu par le public. Il s'est donc lâché pour improviser un scénario qui veut faire échos au plus gros succès actuel « Extreme Job ». Et ceci, au point où l'acteur a fini par déclarer dans la presse qu'il n'apprenait plus ses dialogues car il était certain que le réalisateur allait improviser quelque chose de nouveau au moment de tourner. Il aurait du aussi chercher un personnage féminin plus réaliste et plus innovant que la juriste jolie, pure et bonne comme une image. Bref, ce film qui se dit apolitique mais qui est royaliste par le titre (« Longue vie au roi » n'est absolument pas un slogan républicain) ne devrait pas battre des records d'audience (« Aladdin » et « Toy Story 4 » s'en chargent), mais rembourser les frais d'air conditionné des salles estivales, c'est déjà pas mal.

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