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Balançoire 

Pousse-moi, Hyangdan, vers le haut

Comme on pousse une barque loin du rivage

[...]

Pousse-moi, Hyangdan, vers cet immense bleu

Où il n’y a ni corail, ni île

Je veux m’y mouvoir comme un nuage colorié

Avec ce coeur étrangement palpitant


C’est un extrait d’un poème de Seo Jeong-ju. Intitulé « Balançoire », il a été inspiré d’un célèbre numéro de pansori « Le Chant de la fidèle Chunhyang », plus précisément, de la scène précédant la rencontre du héros et de l’héroïne. Un chant a donc inspiré un poème. Et un compositeur, Hwang Byeong-ki, a mis ce poème en musique. « Un cercle d’inspiration », peut-on dire. 


Le Petit chant de la fidèle Chunhyang 

Selon le récit chanté, c’est bien par hasard que Chunhyang et Mongryeong se sont rencontrés, pour se lier tout de suite d’un amour fou. Selon le poète, on ne rencontre personne par hasard. La jeune femme avait bien envie de faire une rencontre, une rencontre amoureuse, comme le suggèrent les mots : « ce coeur étrangement palpitant ». Peut-être qu’elle avait même l’intention de séduire un homme ; elle a effectivement mis ses beaux habits, ce à quoi fait référence « un nuage colorié » dans le poème.


S’ennuyait-elle aussi dans son cocon familial ? Se plaignait-elle de son sort comme celui d’un bateau attaché au port ? « Pousse-moi, Hyangdan, dit-elle, comme on pousse une barque loin du rivage ». Si elle était désireuse de découvrir un monde vaste comme la mer, elle rêvait aussi d’une ascension sociale qui lui permettrait de réaliser ses vœux : « Pousse-moi, Hyangdan, vers le haut », dit-elle. La jeune femme, belle mais de souche modeste, savait très bien que le lieu où elle allait faire de la balançoire, un parc abritant un beau pavillon avec vue sur un point d’eau, était fréquenté par un jeune aristocrate, le fils du gouverneur de sa ville.


Ce n’est pas seulement le poème de Seo Jeong-ju qui laisse entendre que Chunhyang a cherché à séduire Mongryong. « Le Petit chant de la fidèle Chunhyang », une chanson folklorique de la région de Gyeonggi, raconte autrement la rencontre du héros et de l’héroïne que dans la version de pansori. Dans le récit chanté, Bangja, le valet de Mongryeong, porte un message de son maître à la jeune femme à la balançoire, dont l’allure, vue de loin, a immédiatement charmé le jeune noble. Celui-ci veut savoir où elle habite. Dans le « Petit chant de la fidèle Chunhyang », l’héroïne vient à la rencontre de son destin et indique au jeune homme le lieu où se trouve sa maison. « Sa main gauche en abat-jour, disent les paroles, elle lève haut sa main droite pour pointer de son index, comme taillé en jade, une forêt de bambous ». Puis, elle explique en détail comment trouver son domicile. Autrement dit, elle donne rendez-vous au fils du gouverneur. 


Ah ! Mongryeong 

Autant elle était hardie et ardente, autant elle est fidèle à son amour. Alors que l’homme, devenu son fiancé dès la première nuit qu’ils ont passée ensemble, a été forcé de s’éloigner d’elle pour suivre son père nommé à un poste dans la capitale, le nouveau gouverneur de la commune de Chunhyang, un coureur de jupons, convoite sa beauté et exerce une pression pour qu’elle accepte de devenir sa concubine. Furieux devant son refus catégorique, il la jette en prison.


La fidèle Chunhyang garde toutefois espoir. Son fiancé lui a promis de revenir auprès d’elle, dès qu’il aura réussi au concours de sélection des mandarins. Il est reçu et se voit donner comme charge l’inspection de l’administration des collectivités locales. Il peut donc revenir dans la ville où il a laissé sa fiancée, et ce à titre d’inspecteur. Or, dès ce passage précis, le récit se déroule de façon à confirmer, en quelque sorte, l’universalité d’une psychologie des amoureux qui a été abordée dans une pièce de théâtre de Marivaux, « Le Jeu de l’amour et du hasard ». « Demeurera-t-elle amoureuse de moi, même si je n’aurai plus de statut social distingué ? » se demande le jeune mandarin.


« Le Chant de la fidèle Chunhyang » se clôt de façon à démentir ce qui a été avancé ou suggéré dans les deux œuvres artistiques qui en ont été inspirées. Mongryeong, qui retrouve sa fiancée derrière les barreaux, a le visage d’un homme qui ne s’est pas lavé depuis plusieurs jours et porte un vêtement en lambeaux. Selon lui, sa famille a été ruinée, son père ayant perdu la faveur du roi à cause de la calomnie de ses adversaires. Lui, a échoué au concours... voilà une série d’histoires qu’il invente pour tester la fidélité de Chunhyang. Celle-ci jure cependant son amour éternel à son égard. Puis elle se tourne vers sa mère qui était là, celle qui, dès le début, s’opposait à l’union impossible à ses yeux. « Maman, lui dit-elle, prends soin de mon pauvre fiancé comme si tu t’occupais de moi. » Son amour pour le jeune noble était donc une passion pure.


Le poème de Seo Jeong-ju et « Le petit chant de la fidèle Chunhyang » semblent toutefois avoir trouvé écho auprès d’un groupe de jeunes professionnels du gukak, Project Rock. Dans leur chant intitulé « Ah ! Mongryeong », les retrouvailles des deux amoureux sont imaginées de façon plutôt réaliste : ayant écouté son fiancé, Chunhyang lâche : « Ah ! Mongryeong, j’aurais dû écouter ma mère ! »


Liste des mélodies de cette semaine

1. « Balançoire » chanté par Gang Kwon-sun accompagnée au gayageum à 17 cordes.

2. « Le Petit chant de la fidèle Chunhyang » chanté par Choi Eun-ho.

3. « Ah ! Mongryeong » chanté par Project Rock.

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