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L'animation sud-coréenne : contre mauvaise fortune, bon coeur

#Tout un cinéma l 2020-09-16

Séoul au jour le jour


Les récents succès critiques de « Beauty Water » et de « The Shaman Sorceress » au Festival d'Annecy et dans d'autres festivals seraient-ils avant-coureurs d'un renouveau de l'animation sud-coréenne? Yeon Sang-oh, son principal auteur internationalement réputé ayant opté pour les blockbusters live, l'avenir ne semble pas encore très clair pour le parent pauvre du cinéma sud-coréen.


* De Dooly, le petit dinosaure aux films tous public

C'est probablement au début du cinéma parlant, dans les années 1930 que les premiers films d'animation coréens ont vu le jour. Dès ce moment, ils étaient uniquement destinés aux enfants. La société coréenne de l'époque n'est pas une société de l'image, cela viendra plus tard. Lors de la séparation des deux Corées, le Nord va contribuer à produire au sein du SEK de nombreux films de propagande et aussi certains films étrangers y compris non communistes comme le français « Gandahar » et l'américain « Le Roi Lion ». Au Sud, les animateurs sont principalement des sous-traitants de l'animé nippone. Même si un « Hong Kil-dong » sort en 1967, c'est surtout le personnage de « Dooly, le petit dinosaure » qui marque la production sudiste en 1987 avec une série télévisée. La situation évoluera peu, même si « Pororo, le petit pingouin » co-produit avec la Corée du Nord, en 2003, connaît un succès inter-asiatique important et amorce le passage à l'animation par ordinateur, il s'agit encore d'un film pour enfants et pour la télé. Il faudra attendre 2011 pour voir « Leafie », film d'animation sud-coréen adulte, pour grands et petits.


* L'attrait des jeux vidéos et de la sous-traitance

Le retard surprenant de l'animation locale alors que les dessins animés sont généralement bien reçus par le public sud-coréen (même les Français obtiennent de jolies succès avec « Le Petit Prince », par exemple) est imputé à deux facteurs : l'attrait des animateurs pour les jeux vidéos plus lucratifs et très tendance, et une industrie de la sous-traitance toujours active pour de nombreux films étrangers (78 % du marché). Des films comme « My Beautiful Girl, Mari » (2001) ou « Oseam » (2003), ont bien attiré l'attention des festivals internationaux mais ont été des flops majeurs localement. Ce sont donc les indépendants qui vont faire naître une animation mature au pays du Matin clair à commencer par « Leafie : la poule rebelle », en 2011, signée Oh Sung-yoon et produit par la célèbre Myung Films. Basé sur un best-seller de la littérature jeunesse locale, le film est surtout une métaphore critique de la société inspirée de « La ferme des animaux » d' Orwell. Le caractère de satire sociale n'échappe à personne et, dans un contexte de contestation anti-gouvernementale, le film est un succès. Le réalisateur et sa société Odolttogi dont plusieurs membres ont travaillé pour Pixar, Disney et Dreamworks y sont pour beaucoup. Le film, distribué par Lotte, fait près de 3 millions d'entrées et est projeté dans plusieurs festivals et chaînes de télévisions internationaux : du jamais vu !


* L'après Leafie

Après « Leafie», ce sont les productions indépendantes de Yeon Song-ho avec Dadashow qui représentent la Corée du Sud dans le monde, malgré les barrages des compagnies locales. « The King of Pigs » en 2011, est encensé par la critique internationale qui le découvre à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes. Viennent ensuite « The Fakes » et « Seoul Station » qui, malgré le peu de diffusion des films en Corée du Sud, font de Yeon Sang-ho l'espoir de l'animation locale. Mais les choses ne vont pas tourner comme attendues par, au moins, deux générations d'animateurs locaux. Une sorte de barrage invisible des monopoles de distribution qui préfèrent abreuver la jeunesse des niaiseries de Disney et des mythologies rétrogrades nippones, va probablement inciter Yeon à tourner le dos au dessin-animé et à se lancer dans les blockbusters.


De son côté, Oh Sung-yoon, fort du succès de « Leafie », se voit plongé dans d'inextricables problèmes de production pour son projet « The Underdogs ». Le caractère critique du scénario éloigne les productions locales, les Chinois entrent en jeu mais se retirent. Au final, « The Underdogs » sort péniblement, presque inachevé en 2018. C'est un fiasco.


Les animateurs locaux sont au plus mal, mais la graine est semée, la résistance des indépendants ne semblent plus vaine, et « Beauty Water » de Cho Kyung-hun fait une percée dans les festivals, après Bucheon et L'Etrange Festival de Paris, il est aux côtés du film « The Shaman Sorceress » prix du jury au Festival d'Annecy. L’animation sud-coréenne n'a pas encore dit son dernier mot.

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