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Broker : vol de bébés en Corée du Sud

#Tout un cinéma l 2022-06-22

Séoul au jour le jour


Les fameuses boîtes à bébés abandonnés ont finalement donné lieu à un film « Broker » du Japonais Kore-eda Hirokazu avec un casting de choix. Jugez-en : Song Kang-ho, Bae Doona, Lee Ji-eun et Gang Dong-won. Financé par CJ Entertainment, le film était en sélection au dernier festival de Cannes mais en est revenu bredouille. Nous allons voir pourquoi.



* Initiales BB

Ici, pas d'initiales BB comme le chantait Gainsbourg, seulement une vision catastrophique de la jeunesse sud-coréenne. En effet, le personnage interprété par Lee Ji-eun, star de la K-pop, vient déposer son bébé devant une église de Busan et sa boîte à bébés. En voulant le récupérer, le lendemain, prise de remords, elle tombe sur deux filous interprétés par Song Kang-ho et Gang Dong-won. Ils expliquent comme si de rien n'était qu'ils cherchent à vendre le bébé à un bon prix. La mère qui semble tout droit sortie d'une promo pour des produits de beauté, ne s'offusque pas plus que cela. Elle veut une part du gâteau. Le trio part alors à la recherche d'acheteurs. On pense à un trafique d'organe mais en fait il s'agit de couples prêt à payer entre 7 000 euros et 2 000 euros pour récupérer un moutard. Bref, c'est la misère à tous les niveaux, mais ni les personnages ni le film ne semblent s'y intéresser. Sauf peut-être deux femmes flics, dont la flegmatique Bae Doona qui, en douce, suivent le trio voleur de bébés.



* Est-ce bien sérieux ?

On connaissait Kore-eda Hirokazu pour des films comme « Air Doll » en 2009, et déjà avec Bae Doona. Cette dernière doit beaucoup sa carrière à ce film et à ce réalisateur. Son rôle de poupée gonflable a fait date dans l'histoire du cinéma mondial. Bref, Kore-eda semble être passé à autre chose. Déjà « The Shoplifters » son film revenu avec la Palme d'Or à Cannes en 2018 (il avait battu de peu le film de Lee Chang-dong « Burning ») avait laissé son public sur sa faim. Un sujet qui, au départ, semble passionnant : une communauté de Japonais vivant de l'illégalisme. Mais très vite le film s'emmêle les rouleaux de pellicules et on perd le fil du sujet. C'est aussi le cas ici avec « Broker ». Le couple de femmes flics apparaît comme l'occasion de faire jouer Bae Doona mais ne vient presque en rien, sinon de manière comiquement maladroite, à donner du sens à cette histoire. Song Kang-ho se contente de faire du Song Kang-ho, roublard, mais gentils nounours vite dépassé par les événements. Gang Dong-won joue de ses grands yeux à longueur de plans pour satisfaire ses admiratrices mais à l'air hors du sujet. Mais le pire vient de Lee Ji-eun qui comme le dit Bae Doona dans le film, n'a pas l'air du tout d'une mère éplorée qui vient d’abandonner son enfant ou qui cherche à le vendre. Maquillée comme une voiture volée du début à la fin, son personnage semble un artefact du marketing de CJ Entertainment que le bon Kore-eda a du se coltiner.


ⓒYONHAP News

* Et pourtant, on abandonne des bébés

Au Moyen-âge, en Europe, l'abandon des bébés sur le porche des églises était relativement courant. On les appelait souvent « Esposito », les exposés, car comme les spartiates de la Grèce antique, les bébés devait souvent passer une nuit dans le froid et y survivre avant d’être récupérés par les prêtres. En Corée, l'histoire de ce film, aurait pu faire allusion aux nombreux abandons d'enfants illégitimes. Ces enfants ont ensuite été largement adoptés par des couples occidentaux de bonnes conditions, et malgré les larmes hypocrites de certains, ont réussi a échapper à la misère ou même à la mort qui les attendaient en Corée. Mais le film évoque plutôt la jeunesse sud-coréenne actuelle, longtemps privée de pilule de contraception et de pilule abortive. Encore de nos jours, aucune loi ne vient éclaircir la situation juridiquement. Comprenez, qu'à l'ancienne, on laisse la tradition gérer le corps des femmes. Le résultat est une misère noire pour les jeunes filles obligées d'avorter dans l'illégalité, à leur frais, avec la pression des hommes, et l'humiliation dont on ne parle même pas. Kore-eda, qui est aussi l'auteur du scénario, aurait pu creuser son sujet, appuyer là où ça fait mal pour crever l’abcès, mais non. Comme pour « Shop Lifters », il en est resté à une approche de surface. Notons, cependant, pour une note positive, le travail du chef opérateur Hong Kyung-pyo alias Alex Hong. L'auteur des cadres et lumières sur « Girl's Night Out » de Im Sang-soo, « Snowpiercer » de Bong Joon-ho ou encore « Burning » de Lee Chang-dong, donne dans « Broker » quelques plans singuliers probablement inspirés par Kore-eda et ses films nippons : une vue en plongée de Song Kang-ho étendant son linge sur une terrasse ; un long dialogue dans une pièce d'où l'on voit par la fenêtre les bateaux arriver et partir du port de Busan ; une conversation entre le trio de stars vues à travers les cadres de porte-fenêtres d'une autre chambre plongée dans le noire. Quelques bons plans qui devraient renforcer la renommée de Hong comme l'un des trois meilleurs chef op. sud-coréens.

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