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Forbidden Dream : bromance et astronomie

#Tout un cinéma l 2020-01-22

Séoul au jour le jour


Le réalisateur Hur Jin-ho est de retour avec un film para-historique sur un sujet – un peu – nouveau autour du roi Sejong, le Henri IV sud-coréen, modèle du « bon » monarque dans les livres scolaires. Han Suk-kyu en profite pour faire son retour dans le rôle du souverain, tandis que Choi Min-sik, lui donne la réplique. On est entre célébrités, donc, pour un film programmé pour les fêtes de fin d’année et le seollal, le nouvel an lunaire qui sera fêté le 25 janvier prochain.


* Remplir les blancs de l'histoire

En fait, le rôle de Choi Min-sik, le personnage nommé Jang Young-sil, un astronome ingénieur, a laissé des traces dans les annales de la dynastie Joseon. Le film débute sur le moment où son nom va en disparaître, en 1442, lorsqu'il est accusé d'être responsable de l'accident de carrosse du roi Sejong. Drame national, s'il en est. A partir de là, le film brode allègrement sur de l'inconnu. Et il crée, peut-être, le premier héros scientifique du cinéma sud-coréen. L'inspiration du film semble se situer entre l'aéronaute du récent film hollywoodien de Tom Harper, le Sherlock Holmes relooké des séries britanniques et le Leonardo Da Vinci « supermanisé » des séries américaines. Vue l’époque, l'inventeur à tout va Da Vinci convient mieux. Nous sommes en plein néo-modernisme au niveau des fantasmes technologiques, et c'est quelque chose qu'il faut relever dans un cinéma local baigné depuis longtemps dans les eaux troubles du postmodernisme agonisant.


* L'inventeur

Donc, pour la petite histoire, Jang Young-sil invente une horloge à eau et une sphère donnant la carte des cieux. Il veut prédire les éclipses de lune et de soleil. Bref, cette étrange collusion entre la monarchie traditionnelle et la science fait, sans faute, échos à ce qui se passe de nos jours entre les compagnies sud-coréennes comme Samsung qui se prévalent d'être à la pointe de la science moderne ; et un gouvernement qui se prévaut d'incarner la restauration de la gloire coréenne. Ce côté promotion pour public bas de plafond, est contré par la romance – et c'est le genre préféré du réalisateur Hur Jin-ho. La bromance cette fois-ci entre les deux héros paraît, parfois, dépasser la promotion du projet nationaliste comme la création d'un calendrier national contre celui du suzerain impérial chinois. C'est un peu comme les révolutionnaires français qui abrogèrent le calendrier grégorien pour déclarer l'an 1 de la révolution comme le début du nouveau calendrier républicain. La différence, ici, dans le film, c'est que le peuple n'a pas son mot à dire, tout vient d'en haut.


* Parodie internet

Malgré les efforts du grand Choi Min-sik et de l'homme au sourire d'ange, alias Han Suk-kyu, Hur Jin-ho a du mal à tirer le meilleur de ses deux acteurs. La bromance a des limites dans ces décors lourdauds et ses exagérations des seconds rôles (onomatopées, soupe à la grimace, etc) comme dans les sitcoms du dimanche. Internet s’est vite emparé du film pour en livrer des parodies : les discussions entre le roi Sejong et Jang Young-sil sont accompagnés de la célèbre musique de la série « X Files » ou les annonces d'inventions made in Korea sont remixés à la manières des pubs télévisées made in Joseon. On peut dire que « Forbidden Dream » aurait pu être le « Stars Wars » sud-coréen s'il avait été tourné dans le Joseon du futur et par Georges Lucas.

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