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Chant de Shim Cheong (Kim Su-yun)

Selon les chanteurs de pansori, le « Chant de Shim Chung », l’un des 4 numéros les plus populaires de leur répertoire, aurait un défaut : les scènes tragiques y sont un peu trop dominantes. En fait, l’ouverture du récit est déjà marquée par un événement funeste : la mort de la mère de Shim Chung, juste après avoir mis au monde son enfant. Ce à quoi succède cette scène non moins pitoyables : le veuf, un non-voyant, vient à l’unique puits de son village et supplie des femmes d’allaiter son bébé.

Quant à l’événement déclencheur, il attendrit en particulier les gens sensibles au sort des personnes handicapées. Un jour, le non-voyant, un certain Shim Hak-gyu, tombe d’un pont franchissant un cours d’eau. Heureusement, un moine passait par-là pour le repêcher sain et sauf. Or, tout commence par les mots prononcés par ce religieux, sans y croire vraiment selon toute vraisemblance : « Vous pourriez retrouver votre vue, si vous faisiez don de 3 000 seok de riz au bouddha... » Le pauvre non-voyant, quant à lui, croit à ces mots qui sonnent comme une révélation et finit par les rapporter à sa fille, Shim Chung, qui, devenue grande, s’occupe du ménage. Un homme malheureux est d’autant plus pitoyable que quand il croit à un miracle qui puisse le délivrer de son malheur. Pour satisfaire son père, pour faire donc un don si énorme, Shim Chung, une incarnation de la piété filiale, va se vendre aux marins commerçants chinois recherchant une jeune fille à offrir comme un sacrifice vivant à la divinité maritime qui n’est pas toujours gentille avec les voyageurs.

« Le Chant de Shim Chung », un récit chanté trop noir ? Le public a toutefois de rares moments de rire, et ce grâce à un personnage burlesque : la maman de Paengdeok.


Chant de Shim Cheong (Lee Hee Jeong band)

Celle-ci est avant tout une gourmande. La présentation de ce personnage commence effectivement par insister sur ce point : « Elle aime manger du riz, de la viande et des gâteaux de riz autant qu’elle aime boire... » C’est aussi une incarnation de la méchanceté : « En éveil, elle passe son temps à insulter. En dormant, elle grince des dents... » Le penchant à faire du mal peut s’expliquer par la jalousie : la maman de Paengdeok, une veuve, s’amuse à crier au feu devant la fenêtre de la chambre conjugale de ses voisins. C’est aussi une femme insolente : « Elle interpelle un passant, rien que pour lui demander une cigarette. » La veuve marquée par toute sorte de mauvaiseté s’approche du non-voyant Shim Hak-gyu n’ayant plus sa fille, qui vit donc seul, et ce, bien sûr, pour lui faire du mal.

Shim n’a finalement pas fait don de ce que les commerçants chinois avaient payé sa fille. Il semble qu’au dernier moment, il soit devenu un homme rationnel. Cela donne aussi l’impression qu’il a vendu sa fille pour vivre tranquillement ses vieux jours. En tout cas, ce non-voyant possède maintenant un patrimoine assez considérable. On voit alors pourquoi la maman de Paengdeok, une femme méchante avec tout le monde, est devenue extrêmement gentille avec lui. Elle va le ruiner, par sa gourmandise, selon le récit chanté.

Cette femme pernicieuse, diabolique même, accepte toutefois d’accompagner dans un voyage l’homme qui est redevenu pauvre. Cela s’explique également par sa gourmandise. Shim, ainsi que tous les non-voyants du pays, est invité à une fête de charité donnée par la cour royale. Qui dit « fête » dit « à manger ». Voilà pourquoi on retrouve côte à côte les deux personnages sur le chemin de la cité royale.


Paengdeok

Un groupe de jeunes musiciens de gukak, Lee Hee Jeong band, a non seulement adapté à sa manière la mélodie du « Chant de Shim Chung », mais a introduit aussi une invention dans ses paroles, et ce pour mieux expliquer l’événement survenu dans le voyage des deux personnages. « La maman de Paengdeok, qui aime manger, aime aussi l’homme au grand nez. » Ce passage des paroles a sans doute été inventé selon une idée reçue : la taille du nez est liée à celle du pénis. Autrement dit, la veuve est gourmande aussi au sens figuré. En effet, sur le chemin, elle abandonne son compagnon de route pour continuer son voyage avec un autre non-voyant, au grand nez probablement. Mais savait-elle que la fête de charité a été organisée en réalité avec pour but de trouver un non-voyant précis ?

Le bouddha a eu de la pitié pour la jeune fille qui s’est sacrifiée pour son père, un peu pour la divinité bouddhique aussi, car il s’agissait de faire un don au temple. Shim Chung, jetée dans la mer, a été recueillie dans un lotus géant. Celui-ci flotte au gré des courants, jusqu’à ce qu’il soit repêché par la marine royale. La fleur s’ouvre pour qu’on y trouve une belle jeune fille. Sur ce, les amateurs d’art pensent sans doute au tableau « La Naissance de Venus ». Quant aux amateurs de conte, ils pensent à « La Petite Sirène », car à bord du navire, se trouve un jeune prince, héritier de la couronne, qui tombe immédiatement amoureux de la jeune fille sortie d’une fleur. Devenus finalement époux et épouse, puis roi et reine, ils ont eu l’idée d’inviter tous les non-voyants du pays dans la cour en espérant trouver parmi les convives celui qui demeure toujours cher à Sa Majesté la reine, née Shim Chung.


Liste des mélodies de cette semaine

1. Un extrait du « Chant de Shim Cheong » chanté par Kim Su-yun.

2. Une adaptation du « Chant de Shim Cheong » par Lee Hee Jeong band.

3. « Paengdeok » chanté par Kim Yul-hee.

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