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Bong Joon-ho, sauveur des salles de cinéma ?

#Tout un cinéma l 2021-12-01

Séoul au jour le jour

ⓒYONHAP News

Le documentaire « I Love Watching » de Yoon Ki-hyung mettait en avant la défense des salles de cinéma indépendantes et de quartier. Et ceci à travers la célèbre salle Aegwan située à Incheon. Pour cela, il a convoqué un groupe de cinéastes et les a interviewé sur leur nostalgie d'une pratique du cinéma aujourd'hui en cours de disparition. Parmi ces cinéastes figure Bong Joon-ho, célèbre réalisateur de « Parasites » ou encore de « Okja ». Si on ne doute pas de la cinéphilie de ce dernier, il en va pas tout à fait de même de son rôle dans la défense des salles indépendantes et de quartier. Voyons cela de plus près.


* Bong Joon-ho et la cinéphile

Il est clair qu'il n'est pas anodin de retrouver Bong Joon-ho dans un documentaire qui célèbre la cinéphilie et l'ancienne façon d'aller voir des films dans les petites salles indépendantes de quartier. Bong a récolté une palme d'or au festival de Cannes et plusieurs Oscars à Hollywood. Sa présence dans n'importe quelle émission ou documentaire fait automatiquement monter les audiences. N'en voulons donc pas à Yoon Ki-hyung de vouloir diffuser son documentaire au plus large public. Pourtant, Bong, très sincère, dit lui-même n'avoir réalisé l'existence de la vieille salle Aegwan à Incheon que lors des problèmes de distribution de son film « Okja ».


En effet, « Okja » ayant été produit par l'OTT Netflix, les chaînes de salles aux mains des monopoles comme CJ Entertainment avec CGV et Lotte ont refusé de sortir le film. Après moult convulsions, ce sont finalement les quelques salles indépendantes qui subsistaient encore alors qui ont sorti le film. On précise qui subsistait difficilement en 2018, avant l'hécatombe des salles durant la pandémie de 2020. Il en reste que « Okja » fit 300 000 entrées locales, ce qui était un succès relatif mais montrait la capacité des salles indépendantes à leur maximum d'entrées ; ce n'était pas si mal même si les salles des chaînes auraient encaissées plus de 10 millions d'entrées sur « Okja ».


* Petite histoire de la cinéphilie coréenne

Si Bong Joon-ho n'a connu les salles indépendantes que tardivement, c'est qu'il est d'une génération qui a presque grandi avec les multiplexes des monopoles. Rappelons que la grande période de cinéphilie coréenne a débuté dans les 1930-40, au moment où les films abondaient sur des écrans de plus ne plus grands et nombreux. Films européens, américains et, bien sûr, nippons, avaient les honneurs de la multitude de salles de quartiers d'une époque bénie sans télévision. Les censeurs du gouvernement colonial se contentaient de taxer les films ; l'argent comptait plus que la censure des contenus.


Après la libération, des grands cinéphiles comme Yu Hyun-mok, Shin Sang-ok, Kim Ki-young ou Lee Man-hee ont fait leurs armes dans les petites salles. Une loi limitait le nombre de copies des films donc obligeait les salles à se distinguer par leurs choix. Cette loi perdura sous les dictatures de Corée du Sud jusqu'aux années 1990. Mais entre-temps, la censure – surtout politique - avait repris de la vigueur, et les générations des années 1970-80 ne purent voir autant de films que leurs aînés.


Puis dans les années 1990, au moment où Bong Joon-ho préparait son premier film, les chaebols décidèrent d'investir massivement dans la production-distribution et dans les nouveaux multiplexes. Cela en était à la fois fini pour les salles indépendantes et pour la diversité des films, car la concentration du public dans les mêmes salles devant les mêmes films devenait la règle.


*Bong Joon-ho en pointe

En fait, si on revient sur la carrière de Bong Joon-ho, on peut voir qu'il a, au contraire, été en pointe du mouvement actuel qui détruit les salles indépendantes et de quartier.  Il est, par exemple, le premier à bénéficier de la sortie de type blockbuster avec son film de monstre « The Host ». Les trois quarts des salles du pays sont mobilisées pour sortir le même film. Seul le cinéaste Kim Ki-duk élèvera publiquement la voix (beaucoup pensaient de même mais n'osèrent parler par peur des représailles) pour dénoncer un effet de monopole néfaste à la diversité à la fois des films, des cinéastes et des salles. Rien n'y fera, la monopolisation de tous les écrans par les blockbusters, profitant de la concentration des salles dans des chaînes comme CGV, Megabox ou Lotte, va s'amplifier dans les années qui suivent. Bong est aussi le premier à tourner une film pour une plate-forme internationale nommée Netflix.


Ce sera le film « Okja » dont nous avons parlé et qui a causé un scandale au festival de Cannes lors de sa sortie. Il mettait face à face les tenants de l'industrie traditionnelle et ceux qui voulaient aller vers les plate-formes internationales. Bong lui-même dira alors que ce qui compte pour c'est la diffusion de son film, peu importe sur quels écrans. Enfin, avec le succès de « Parasite », il a ouvert la voie du marché américain à CJ Entertainment faisant ainsi un pas de plus loin des vieilles salles indépendantes de quartier. Bref, Yoon Ki-hyung a probablement fait contre mauvaise fortune bon cœur en interviewant Bong Joon-ho à propos des dernières salles que la pandémie a presque fini d'achever.

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