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A Year-End Medley : fusion OTT et salles

#Tout un cinéma l 2022-01-19

Séoul au jour le jour


La comédie « A Year-End Medley » de Kwak Jae-yong inaugure peut-être la nouvelle ère du cinéma sud-coréen : la diffusion simultanée sur les OTT (over-the-top, alias les plateformes de streaming) et dans les salles. Est-ce que le contenu et la forme des films vont évoluer pour s'adapter à cette double diffusion ? L'année 2022 sera cruciale pour juger de la capacité du cinéma du pays du Matin clair à se transformer. « A Year-End Medley » porte bien son nom, et n'est peut-être qu'un début.


* L'hôtel Emross et le culte du couple

Cette comédie se veut un chassé-croisé entre couples mal fait, bien fait. Dans un hôtel dédié aux vacances de Noël, quatorze personnages, des plus jeunes aux plus âgés vont composer sept couples. Par exemple, Han Ji-min aime Kim Young-kwang mais lui va se marier à Ko Seung-hee. Lee Hye-young retrouve son ex Jung Jin-young, tandis que Lee Dong-wook, le directeur de l'hôtel, s'amourache d'une soubrette jouée par Won Jin-a. Enfin Kang Ha-neul, un prolo au bord du suicide trouve réconfort avec l'opératrice du téléphone Lim Yoon-a. Et ainsi de suite dans une ambiance qui aurait pu rappeler les excellents « Karaoke Crazy » ou « Room 7 » mais il aurait fallu le vouloir.



* La bourgeoisie en fête

Malgré son allure de showcase d'acteurs en vogue scénaristiquement vite bouclé, « A Year-End Medley » fait involontairement le portrait de la bourgeoisie sud-coréenne qui part prendre des vacances dans des hôtels de luxe. On y retrouve la dominante idéologique du prince charmant riche et beau qui sert d'attraction aux femmes du prolétariat, voire les soubrettes et autres opératrices téléphoniques mis en scènes par le film. On y décèle donc la double aliénation des jeunes femmes prolétaires dont la recherche d'un salut économique passe par leur relation avec les hommes. Mais le film passe joyeusement sur cet état de fait, comme si tout cela était aussi fatal que la célébration de Noël et l'obligatoire chute de neige sous les lampions. Sous les clichés, la neige pourrait être un bon sous-titre du film. On sent l'influence de films dopés aux stars comme « The French Dispatch » ou d'un film d'hôtel comme « The Grand Budapest Hotel » du même Wes Anderson.



* Film sous influence

Si l'influence est nette, tous le monde n'est pas Wes Anderson. Surtout le réalisateur de « A Year-End medley », Kwak Jae-yong connu pour des rom-com à gros succès comme « My Sassy Girl » en 2001 ou « The Classic » en 2003, a probablement lorgné sur un film comme « Love Actually » de Richard Curtis avec Hugh Grant et Keira Knightley en 2003. Les scènes chantées et dansées du film s'y référent beaucoup et Kwak ne s'en cache pas dans ses interviews. Comme dans « Love Actually », l'histoire dégouline de bons sentiments et ne tient que par les belles frimousses des stars érigées en demi-dieu au firmament des spectateurs. Kwak, dans un contexte de pandémie et de rares sorties de films, a seulement du essayer de monter les œufs (les stars) en neige, période de Noël oblige.


* OTT et salles de cinéma

Mais avouons-le : l’intérêt essentiel de ce film est sa façon d'inaugurer sans tambour ni trompette une nouvelle façon de diffuser les films en Corée du Sud. L'OTT Tving s'est arrangée avec CJ Entertainment pour produire et sortir le film en simultané sur la plate-forme et sur quelques salles Lotte et CGV. Il apparaît insidieusement donc que l'animosité envers Netflix était plus liée à des affaires de gros sous et de préservation protectionniste du marché local. Si les recettes de « A Year-End Medley » sont à la hauteur, il est fort à parier que les autres OTT locales comme WAVVE ou Watcha adoptent la même stratégie. Les salles vont devoir s'adapter à la réduction du nombre de spectateurs. On parle déjà de rouvrir les Video Room célèbres pour leur intimité. Le fait que ce soit les mêmes compagnies qui gèrent l'ensemble de la distribution sur OTT et en salles devrait rassurer les investisseurs et permettre de garder un niveau de production équivalent aux années pré-COVID.

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