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Insect Woman : Kim Ki-young nous dit tout sur les femmes

#Tout un cinéma l 2022-08-10

Séoul au jour le jour


Pour continuer notre revue des classiques des années 1970-80, intéressons-nous à « Insect Woman » de Kim Ki-young, sorti en 1972. Kim nous dévoile largement sa philosophie des femmes déjà aperçues dans son célèbre « The Housemaid » en 1960. Cette nouvelle version est croisée avec le film d'Imamura du même titre en 1963. Il est aussi un cas rare, car de nombreuses recensions en donnent des synopsis différents, même les archives coréennes n'affichent pas la véritable intrigue du film. Les mystères de cette épouse et de ses enfants qui cherchent à éliminer la maîtresse du père de famille seraient-ils maléfiques? Voyons ça.



* La maîtresse dans tous ses états 

Il s'agit donc d'une jeune fille (Youn Yuh-jung) perturbée par la mort de son père. Sa mère étant « la seconde », comprenez la maîtresse du mort, elle, sa mère et son frère se retrouvent dans la dèche. Le fils rafle l'argent restant pour ses études, la fille doit se sacrifier en allant tapiner dans les bars à hôtesses. Vierge, elle est convoitée mais vite prise en main par une Madame qui la fourgue à un riche impuissant, l'impeccable Nam Koong-won. Ce dernier retrouve sa vigueur et se débrouille pour présenter sa jeune maîtresse à son épouse et à ses deux enfants adultes. C'est compliqué mais l'épouse, qui gère les affaires lucratives du mari, accepte de le partager. Après un temps de bonheur triangulaire, la « seconde » veut un enfant. L'épouse fait vasectomiser le mari. Les enfants ne supportent plus leur « petite maman ». Les choses tournent à l'aigre. La maîtresse est harcelée par des rats et même un bébé chasseur de rat qui apparaît soudain chez elle. Entre deux ébats sexuels psychédéliques, le destin tragique des amants est scellé à coup de lame de rasoir, celui de l'épouse machiavélique aussi. 


* Erotisme psychédélique et horreur bio

Les meilleures scènes du film arrivent au moment où l'érotisme et l'horreur passent à l'action. Celle, notamment, où dans un décor soudain rouge et bleu, Youn se fait déculotter sur une table de verre remplie de bonbons colorés tandis que la caméra la filme par en dessous, restera dans les annales. Une autre scène où Youn convainc le mari d'avoir un enfant, et que celui-ci ramène un cactus qui attire les insectes pondeurs joue sur le montage croisé de l’insémination de la plante et de la fornication des amants. Enfin, citons le déshabillage à coup de rasoir de la vierge. Cette dernière scène nous ramène à l'horreur : un bébé qui joue avec des rats dans son berceau et qui va les chasser dans la maison avant de se faire dévorer par eux (en cauchemars); le même bébé congelé dans un frigo dont Youn dit : « il a une queue ! » ; les rats rongeant les doigts de pieds de Youn (en rêve); les jeux d'ombres et de lumières bleues et rouges dans la maison aux escaliers qui semblent se multiplier; l'hystérie des cris de femmes présents sur la bande-son sans raison; etc. 



* L'étrangeté et le malaise

Il est vite claire que la mise en image de Kim Ki-young vise à organiser une plongée croissante dans le malaise et l'étrangeté. De nombreux plans ou mouvements de caméras restent irrésolus : Youn et sa copine qui se retourne soudain vers un hors-champs invisible en criant; on ne saura jamais pourquoi; un panoramique qui suit le regard inquiet du mari sur un mur recouvert de figures féminines; l'annonce de l'arrestation du fils sans explication ni suite; un chat qui saute à la gorge de Youn et qui est sorti de nulle part sauf, comme les couleurs bleues et rouges des « gialli » de Bava et Argento (le film « Suspiria » était à l'affiche peu avant). Avec son bestiaire et ses digressions de prof de biologie, Kim ajoute une bande-son sur-dialoguée qui déborde le peu de mots visiblement prononcés par les acteurs (doublage) et des distorsions d'images autour de mouvements de caméra en diagonale à la Fellini qui finissent souvent sur un cadre en double focalisation (plan à deux) masquant et démasquant un second personnage dans le cadre.


ⓒYONHAP News

* Critique de la modernité, vraiment ?

On a parlé de critique de l'occidentalisation dans les films de Kim, si la maîtresse représente la décadence liée à l'occidentalisation-modernisation, il faut rappeler qu’elle existait bien avant l'arrivée des Occidentaux en Corée. Les concubines formaient une caste à part entière pour les aristocrates des siècles passés. Paradoxalement, le film montre la construction des grands ensembles de Gangnam, et la famille et les amants vivent dans des maisons fusion asiano-occidentales. Il s'agit de plans fortement conseillés par la tyrannique censure de l'époque. Le discours sur les femmes qui ouvre le film en dit plus : un prof se retrouve en psychiatrie à cause de sa femme. On lui raconte alors que les femmes sont des insectes dangereux pour l'homme. Suit ensuite l'intrigue du film qui se termine sur le retour au prof convaincu de devoir se libérer des femmes mais qui se retrouve en face d'une infirmière qui a les mêmes yeux langoureux et le même rictus animal que la maîtresse du film. Ce rictus très laid de Youn est souvent moqué dans le film tout comme sa mère, elle aussi une « seconde » (« c'est une fatalité » lui fait dire Kim), sur un long plan où elle pleure le sort de sa fille en comptant les billets que celle-ci vient de lui donner. A contrario de Imamura dans sa femme insecte, les femmes si elles sont pragmatiques et adaptatives n'atteignent jamais la conscience (ce qui justifie, pour Kim, l'appel a la fin de la monogamie). Pour Kim, qu'elles soient prolétaires prostituées, maîtresses, bourgeoises ou femmes d'affaire, « elles n'ont pas d'idéal » dit le mari et elles restent des parasites pour l'homme. Comme pour synthétiser les films de l'époque, le mâle de « Insect Woman », sans être un héros (même mort), en sort conforté.

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