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Mask Girl (2) : où sont les femmes ?

2023-09-27

Séoul au jour le jour


Dans ce second aperçu de la nouvelle série « made in Korea » de Netflix, « Mask Girl », nous allons remarquer que les techniques scénaristiques prennent le dessus sur la problématique initiale, celle des pressions sur le look des jeunes femmes et l'essor des méta porno sur Internet. Même les portraits sociologiques de femmes que se propose d'offrir chaque épisode finissent par en pâtir. Sans dévoiler les différents rebondissements improbables que cela entraîne, penchons nous une dernière fois sur « Mask Girl » comme série mutante née de la nouvelle collaboration de Netflix avec des équipes sud-coréennes.


* Il n'y a pas que des femmes 
L'inversion des invectives du mouvement Metoo international dans la série avec des femmes qui harcèlent leur beau patron et de petites secrétaires, consentantes et émues, qui passent à l'acte au travail pendant les heures supplémentaires, se poursuit avec le portrait d'un homme. Ce dernier est un aficionados de la belle Mask Girl qui se trouve être sa collègue de bureau. Là encore la lecture de la situation par le mouvement Meetoo est inversé : le pauvre garçon est montré presque comme une victime de la beauté de la jeune femme qu'il mate tous les soirs sur son écran d'ordinateur (noter que ce monde parallèle et digital est donné sans critique, comme pure espace de véridiction : ce qui y apparaît est forcément vrai et remplace les rumeurs de l'ancien espace public). Le malheureux, donc, est fou amoureux et envoie à sa bien-aimée des messages d'un romantisme éculé. Lorsque finalement il se décide à l'approcher, il ne s'agit pas du tout de harcèlement; la jeune femme le trouve simplement sans intérêt et le repousse; il insiste, elle l'utilise et le tue. La série, donc, comme le film « Barbie », dévie de ce qui semblait être annoncé par les prémisses pour se recadrer sur une traditionnelle vision essentialiste de la beauté. Par contre, le sous-texte de la distinction de classes sociales prend, pour un temps, le dessus.


* Régionalisme et distinction de classes
L'un des portraits de femmes le plus haut en couleur est celui de la mère de l'otaku de bureau. Ce dernier ayant été tué par la Mask Girl (interprétée par Lee Han-gyeol, puis Nana et Go Hyun-jung) devenue, soudain, une sorte de super-woman entre l'Uma Thurman de « Kill Bill » et Kate Moss dans « La Servante écarlate », se doit d'être vengé par sa mère. Celle-ci est dotée d'un accent du Sud-ouest à couper au couteau qui a son effet comique mais qui renforce le régionalisme local et sa dimension sociologique. Femme prolétaire, on voit sa carrière défiler entre serveuse de restaurant à chauffeur de taxi. Le clou étant sa rencontre avec une servante de riche villa qui, elle aussi, à un fort accent, mais du Sud-est cette fois. Le centralisme géopolitique de la ploutocratie sud-coréenne s'affiche peut-être pas d'une manière réaliste mais d'une manière démonstrative, certainement. 

Dans ce même fil d'idées, la série délaissent les décors un peu « fusion » des premiers épisodes, des décors peu ancrés dans le local coréen, comme l'appartement de l'otaku et de Mask Girl, pour situer ses péripéties dans des lieux beaucoup plus familiers et réels : petits appartements morbides, rues mal éclairées jonchées de sacs poubelles éventrés, bureaux d'entreprises interlopes, room-salons avec hôtesses pour les employés masculins, etc. Les portraits de jeunes femmes suivants font découvrir le monde interlope de la nuit sud-coréenne. Un monde qui semble peuplé d'une bonne partie du prolétariat féminin, choisi en fonction de son tour de poitrine et d'un visage de plus en plus modifié par le scalpel du chirurgien esthétique. On a l'impression que le seul but de ces femmes sans avenir dans la société est d'économiser pour se faire opérer et gravir les échelons de la go-go danseuse de supermarché à la call-girl de luxe pour bureaucrates et patrons. La série touche au film noir à caractère de critique sociale par ces aspects, pourtant, on est jamais certain que ce soit assumé par des scénaristes à la recherche effrénée de rebondissements.


* De l'entourloupe scénaristique
On le sait, les scénaristes de séries ont leur petites combines pour remplir des épisodes qui s'étirent en longueur. Alors qu'au cinéma les cinéastes se meurtrissent en coupant de nombreuses scènes pour que leurs films soient acceptés par les salles, les scénaristes de séries sont au contraire poussés à faire du remplissage et surtout à faire rebondir l'action d'épisodes en épisodes. Evidemment, le procédé devient vite artificiel. Dans « Mask Girl », on se demande si les meurtres et accidents mortels qui surviennent soudain ont quelque chose à voir avec le thème du film. Surtout, la mère éplorée et son dialecte sudiste qui devient une tueuse hystérique et très professionnelle laisse pantois. Du coup, on quitte la réflexion amorcée dans les prémisses de la série pour se laisser bercer naïvement - car il faut mettre en berne sa reflexion sur le plausible - par les rebondissements plus improbables les uns que les autres. Dommage. 

La recette de Netflix qui consiste à faire des digressions de personnage en personnage, de raconter leur vie depuis l'enfance jusqu'à leur mort, tend à ce genre de défaut pénible. Si cela marche avec des séries comme « Squid Game » car cela est justifié par l'intrigue, ici, cela sent trop le réchauffé et l'artifice. Espérons que les plateformes internationales vont faire varier leurs stratégies et laisser mieux s'exprimer les réalités locales avant de tout transformer en conte de fée de super-héros.

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