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Culture

L’amour du chant chez les Coréens

#Aux sources de la musique coréenne l 2020-09-09

Aux sources de la musique coréenne


Sommeil de printemps  

Les Coréens aiment chanter. Cela est attesté notamment par le succès jamais démenti du karaoké, « noraebang » en coréen. Quand on songe qu’il existe même des Coréens qui s’y rendent seuls, pour chanter donc en solitaire, voire rien que pour eux. D’une certaine manière, ils évoquent les lettrés confucianistes du Joseon, grands amateurs de chant pour beaucoup, et qui avaient justement l’habitude de chanter seuls, à cette différence près que ces derniers chantaient sans être accompagnés par un instrument de musique, ni bien sûr dans un karaoké qui, en japonais, veut dire « faux orchestre ».


Ils chantaient le plus souvent un poème, un « sijo » plus précisément, de façon à mettre en valeur une musicalité inhérente à ce genre de tercet, ou chantaient des paroles qu’ils inventaient eux-mêmes, parfois selon l’inspiration de l’instant présent. En fait, pour eux, il n’y avait pas d’heure pour chanter. Les paroles d’une vieille chanson intitulée « Sommeil de printemps » ont sans doute été inventées et chantées par un lettré confucianiste qui venait de faire une sieste. L’homme, qui a succombé à la fatigue du printemps, se réveille. Il ouvre grand la porte-fenêtre donnant sur le jardin. Un silence absolu y règne avec quelques papillons voltigeant parmi les fleurs. Comme notre homme est amateur de « pungryu », « style de vie raffiné », le spectacle lui donne soudain envie de prendre un verre ; l’ivresse lui donne l’envie de faire une sortie dans l’espoir de faire une belle rencontre. Voilà le résumé des paroles. Derrière son allure habituellement grave, un lettré confucianiste cachait-il un cœur romantique ?


Est-ce parce que ce sont des femmes ou qu’elles ignorent le « pungryu » ? Selon un groupe de jeunes chanteuses contemporaines, Modern Gagok, qui a fait une adaptation du chant « Sommeil de printemps », après une sieste et devant un spectacle décrit dans les paroles, on devrait plutôt avoir envie de prendre un café. Les paroles ont alors été modifiées de la sorte, ainsi que la mélodie pour être moins lente. 


On chante en solitaire pour se sentir moins seul. L’auteur de « Sommeil de printemps » a pu s’apercevoir que pendant qu’il faisait une sieste, tout le monde était sorti et qu’il était ainsi tout seul à la maison. Il se sentait accablé par le silence entourant et, pour le briser, a entonné une chanson.


A propos des nombres

C’est aussi pour lutter contre l’ennui qu’on chante seul et pour soi. Quand est-ce qu’on s’ennuie en particulier ? Eh bien, quand, par exemple, on est obligé de rester immobile dans un endroit, sans rien sur soi pour se divertir, sans smartphone en l’occurrence. Imaginez un Coréen qui est venu dans une station thermale pour faire une cure prescrite par son médecin ou tout simplement pour améliorer son état de santé. Le voici dans une source d’eau chaude. Au bout d’un moment, il commence à s’ennuyer et, pour s’occuper, se propose de compter jusqu’à 100. 


Or, la langue coréenne a deux types de nombre, les nombres d’origine purement coréenne et ceux d’origine sino-coréenne. Ainsi, pour 1 par exemple, on peut dire soit « hana », soit « il », et ce selon le contexte. Alors que l’utilisation correcte de ces deux types de nombre représente une assez grande difficulté pour les apprenants débutants du coréen, notre homme dans l’eau chaude s’est proposé justement de compter selon ces deux systèmes-là. Il s’agissait sans doute pour lui de rester dans la source thermale aussi longtemps que possible, sans s’ennuyer pour autant.


Mais est-ce qu’il compte ou chante ? Il énumère effectivement les nombres de façon rythmique et épilogue en quelque sorte sur certains d’entre eux, c’est-à-dire raconte ce que leur valeur phonétique lui fait venir à l’esprit, et de façon assez mélodieuse. Ainsi, au nombre 20 par exemple, il associe sa prononciation « semul » à une sensation qu’il éprouve dans l’eau chaude : « Semul semul, que tous les maux à mon corps s’en aillent », chante-t-il. « Semul semul » est un idéophone visant à rendre compte des démangeaisons. D’après ce qu’il chante, notre homme dans une station thermale doit être relativement jeune et célibataire. Au nombre 30, « seoreun » en coréen, il dit : « Bientôt, 30 ans, comme je suis triste de ne pas avoir de compagne. » Il confondait, volontiers sans doute, les prononciations des deux mots : « seoreun », « trente », et « seoreoun », « triste ».


Chant du rocher

L’amour du chant chez les Coréens est tel que toutes les circonstances ou presque leur inspirent une chanson. En voici une qui, quant à elle, est censée avoir été improvisée pendant un repas. Il s’intitule « Chant du rocher ». Un titre humoristiquement exagéré, car ce « rocher » fait référence en réalité à un grain de sable qui se trouvait mêlé dans le riz servi à un convive pendant un repas. Si l’homme, qui l’a croqué, avait manifesté son mécontentement de façon nerveuse, la cuisinière aurait été extrêmement confuse. Heureusement pour elle, le convive en question était un homme assez indulgent, muni par ailleurs du sens de l’humour. Il dit, presque en chantant : « Tiens, tiens ! Voilà un énorme rocher dans mon bol de riz... » Sur ce, tout le monde éclate de rire, y compris la malheureuse cuisinière. On peut dire que l’amour du chant a sauvé l’ambiance conviviale.


Liste des mélodies de cette semaine

1. « Sommeil de printemps » chanté par le groupe Modern gagok. 

2. « A propos des nombres » chanté par Oh Bok-nyeo.

3. « Chant du rocher » chanté par Park Sang-ok.

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