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La princesse Bali  

Où se trouve-t-il ? Quoi ? L’au-delà, le séjour des morts. On l’ignore, puisque personne n’en est revenu pour nous dire où il est et comment il est. Mais comment ceux qui demeurent là-bas ont-ils trouvé le chemin qui y mène ? Ils y ont été conduits. Par qui ? Par la princesse Bali. Qui est-ce ? Un personnage d’une légende coréenne qui nous est parvenue notamment par un chant chamanique.


La princesse Bali naquit effectivement au sein d’un couple royal. Ce fut la septième. Et pour cette raison justement, elle fut abandonnée dès sa naissance. Le roi et la reine, qui n’avaient que des filles, attendaient un garçon. Leur déception était tel qu’ils ne voulurent pas reconnaître le nouveau-né comme le leur.


La princesse ayant été accueillie par un vieux couple sans enfant fut toutefois heureuse grâce aux soins particuliers de ses parents adoptifs. Ceux-ci lui apprirent ses origines, quand elle devint grande. Ils lui firent savoir aussi que depuis quelque temps, ses parents biologiques furent tous deux atteints d’une maladie sans remède, sinon l’eau de résurrection jaillissant d’une fontaine inaccessible pour un être humain, d’autant qu’elle se trouvait dans les ténèbres et était gardée par un monstre. Bali, une jeune fille brave, entama alors un voyage d’Orphée. Par piété filiale ? Ce serait trop simpliste, absurde même. Il s’agissait plus probablement pour elle d’améliorer son estime de soi, de façon à faire du bien à ceux qui lui ont fait du mal. En tout cas, en échange de l’eau de résurrection, elle accepta de ne plus quitter les enfers que pour aller chercher des mortels qui devraient faire le même voyage qu’elle, voyage sans retour quant à eux.


La princesse Bali est une des patronnes des chamans. Sa légende semble toutefois imprégnée du bouddhisme. Cette accompagnatrice des morts s’appelle Bali, parce qu’elle a tout le temps sur elle un récipient ainsi appelé, dont le nom peut être dérivé de « balu », le bol en bois utilisé par les moines pour le repas, un récipient dans lequel ils reçoivent aussi des aumônes en aliment pendant leur voyage. La princesse Bali, presque tout le temps sur la route, en aurait besoin d’un. Rappelons aussi que le bouddhisme est une religion parfaitement égalitaire envers les deux sexes, qui n’admet donc pas, en l’occurrence, la préférence d’un garçon au détriment d’une fille au sein de la famille, le cas des parents de la princesse justement. En ce sens, la légende à la fois chamanique et bouddhique peut être considérée comme une manifestation féministe.


Comment était la princesse Bali ? La légende n’en dit rien. Ceux qui croient à cette histoire ont néanmoins intérêt à imaginer que c’est une femme belle, douce et gentille, voire une compagne de route agréable. Comme le voyage vers l’au-delà est triste et désespérant ! Ceux qui l’anticipent par l’imagination aimeraient bien faire ce chemin sans retour en compagnie d’un être sympathique.


En fait, le rite funéraire traditionnel du pays du Matin clair consiste à consoler un mort, non seulement du fait qu’il quitte pour toujours ses êtres chers, mais aussi de son voyage solitaire vers les ténèbres. D’où le « sangyeo », un corbillard à porteurs haut en couleur. Le transport du mort vers son lieu de sépulture ne se déroule pas en silence, mais en chant entonné par les porteurs du corbillard.


Le chant de sangyeo

Selon la tradition, le rite funéraire en Corée se déroule aussi de façon à chercher à détourner de la tristesse ceux qui ont perdu l’un des leurs. Ainsi, la veille mortuaire, qui dure trois jours ou cinq selon la décision de la famille du décédé, ressemble souvent à une fête, et notamment quand le défunt était une personne de grand âge et ayant expiré en paix, entourée des siens. Ceux qui sont venus présenter leurs condoléances sont traités comme des invités à un repas de fête. Ils mangent et boivent bruyamment ; ils bavardent sans être nullement circonspects. Tout cela est presque leur devoir, ayant pour but de « fatiguer le chagrin de la famille du défunt » dans les termes de Confucius, un grand sage qui ne croyait pas tout à fait aux mânes, esprit des morts, et qui était plus préoccupé de la tristesse des gens ayant perdu une personne chère.


Chant d’épuration  

Certaines familles du défunt appellent un chaman à la veille mortuaire pour qu’il procède à un rituel d’épuration appelé « sikim gut ». Il est censé épurer l’âme du défunt. « Pour qu’elle entre directement dans le paradis sans passer par le purgatoire », penseraient les chrétiens. Pourquoi pas ? Mais rappelons qu’un rituel chamanique, « gut », ne se déroule jamais sans musique et sans danse. La famille du défunt aurait appelé un chaman pour animer davantage la veille mortuaire et du coup pour mieux étouffer leur chagrin.


La fin du rituel d’épuration est marquée par un spectacle plein d’imagination. Les aides du chaman tirent chacun de leur côté une longue étoffe toute blanche. Elle est censée être le chemin menant vers l’au-delà. Sur cette bande d’étoffe, le chaman déplace un panier contenant, selon lui, l’âme du défunt. Quand le panier passe devant une personne, chacun y met de l’argent dont le voyageur invisible est censé avoir besoin. La musique ne manque bien sûr pas à cette ultime étape d’une cérémonie d’adieu.


Liste des mélodies de cette semaine

1. « La princesse Bali » chanté par Yi Sang-sun. 

2. « Le chant de sangyeo » par Yi Myeong-suk.

3. « Chant d’épuration » par Kim Dae-rye.

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