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Cinéma & dramas

Bong Joon-ho ou la recette du succès

#Tout un cinéma l 2019-06-05

Séoul au jour le jour

ⓒYONHAP News

Le réalisateur Bong Joon-ho a ramené la Palme d'or de Cannes en Corée du Sud. C’est une première dans l’histoire du 7e art du pays du Matin clair. « Burning » de Lee Chang-dong avait été à deux doigts de l'emporter l'année dernière, et Bong avec « Okja » avait été recalé pour s'être accoquiné avec Netflix. Mais, cette fois, rien n'a empêché le plus international des cinéastes sud-coréens de grimper au cocotier cannois et d'en décrocher la palme. C'est que le bien enrobé Bong Joon-ho n'est pas du genre à lâcher le morceau.


*En route pour l'international

Bong avait réalisé trois films remarqués dans son pays natal avant de tenter de s'exporter à l'international. « Barking Dog Never Bite », et son atmosphère morbide sur la réalité terre-à-terre d'un jeune couple a marqué les esprits ; surtout pour son humour noir et son gardien d'immeuble mangeur de caniches. « Memories of Murder » avait déjà un pied dans les festivals internationaux dès sa conception. Aidé par une pièce de théâtre à succès, Bong y approfondissait ses histoires post-modernistes avec un premier mystère jamais résolu. Il y introduisait sa vision sociale de classe, non celle des clichés gauchistes mais celle vue à travers la psychopathie dans laquelle le spectacle social moderne a plongé tous les êtres, voire même les animaux. Le réalisateur y découvrait son candide en la personne de l'acteur Song Kang-ho, qui deviendra son persona multitâche par la suite. Finalement, c'est « The Host », le Godzilla sud-coréen, qui lui fera toucher le jack-pot au box-office et se présenter comme un réalisateur bancable à la fois apprécié des critiques et du grand public : le nirvana pour les producteurs et les festivals.


* Films internationaux : super train et super cochon

Même s'il avait juré de ne plus refaire dans les superproductions avec effets spéciaux longs, coûteux et frustrants, comme pour « The Host », Bong remet ça avec « Snowpiercer » adapté de la célèbre BD française « Le Transperceneige ». Le casting est largement international. La production est longue et Bong est à deux doigts de ne jamais terminer le film. Métaphore philosophique et politique sur des queutards prolos embarqués dans une pseudo révolution contre les nantis de la tête du train, le film se teinte, toutefois, de références à la situation sud-coréenne : trahison des leaders révolutionnaires, tiers-mondisme post-colonial anti-occident avec le sacrifice du héros blanc pour la sauvegarde et la renaissance - teintée de chamanisme écolo – des colonisés noirs et asiates. Le film marche très bien en Corée du Sud et un peu moins dans le monde, mais Bong s'est fait une aura de réalisateur international. Netflix lui commande le film « Okja », une histoire de clone de cochon géant pour une multinationale de produits agro-alimentaires. Encore une fois, il s'agit d'une métaphore écolo, avec ses étranges révolutionnaires anti-capitalistes et ses riches névropathes aux manettes d'un monde qui branle dans le manche. Après avoir fait ses armes dans les blockbusters chez les Américains d'Hollywood et de Netflix, Bong veut réduire la voilure en retournant au bercail pour un film local « Parasites » dont il dit s'être inspirer du « Housemaid » de Kim Ki-young mais qui fleur bon son remake, le « Housemaid » de Im Sang-soo.


*La recette du Bong Joon-ho

La recette du Bong Joon-ho consiste à prendre un jeune réalisateur plein d'ambitions et de connaissances sur le cinéma et la société (Bong a fait des études de sociologie à l'université Yonsei) et de le voir s'adapter gaiement à tous les systèmes et réseaux de productions-distributions existants, en Corée du Sud comme dans le monde. Ainsi, il est passé de ses premiers films indépendants, produits par Cha Seung-jae, à un blockbuster d'un monopole de production Showbox Entertainment avec « The Host ». Il va ensuite toucher de la co-production internationale avec « Snowpiercer » et au nouveau concept télé-cinéma de Netflix avant de revenir aux mastodontes locaux que sont CJ Entertainment et Barunson pour « Parasites ». On peut dire que Bong n'a pas froid aux yeux, côté production : tant que ça paye, Bong livre à domicile et avec factures. Pour la sauce Bong, mettez une pincée de critique sociale avec lutte des classes mais assaisonnée de folie psychiatrique revenue dans un fond de modernité décadente et moisie ; puis faite mijoter le tout sur un idéalisme écolo-bureaucratique matinée de relents de naturalisme magique. Et attendez la soirée de gala du festival de Cannes, ou d'un autre du même acabit ; peu importe l'hôtel tant qu'il est cinq étoiles. Servez avant le champagne mais après les croûtons à l'ail.

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