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Cinéma & dramas

Jesters, clowns, rumeurs et luttes de gros sous

#Tout un cinéma l 2019-09-11

Séoul au jour le jour


Sous ses apparences d'énième « heritage film » encostumé « Jesters : The Game Changers » de Kim Ju-ho, évoque les manipulations des opinions à travers la rumeur et les médias. Elles sont anciennes et, pourtant, très modernes. Le film est aussi l'occasion de mettre les pieds dans la marre aux canards du marketing et du bizness du cinéma au pays du Matin clair.


*Naissance du spectacle et du Big Brother

L'intrigue de « Jesters : The Game Changers » se base sur l'histoire du roi Sejo (15e siècle) connu pour avoir manipulé en sa faveur une opinion populaire qui lui était hostile. Auteur d'un coup monarchique, il cherchait à régner en maître absolu sur le pays. Le film imagine que, pour ce faire, ses ministres ont utilisé des saltimbanques, clowns illusionnistes proches des foules populaires. On est donc au cœur des manipulations médiatiques même si cela se fait dans la culture de l'époque. Le spectacle comme stratégie moderne de gouvernance est souvent daté de la Première Guerre mondiale. Mais il a des sources au moins depuis l'empire romain et son credo : « Des jeux et du pain », et le peuple obéira. Après l'usage du vecteur religieux à l'époque des rois thaumaturges (thaumaturge comme le roi Sejo), les grands shows des monarchies absolues comme celle de Louis XIV n'en sont que la continuation tout comme le slogan « Pour diriger, il faut parler aux yeux » de Napoléon 1er. Le film a, au moins, le mérite de rétablir cette longue histoire des rumeurs dont le règne est quasiment incontournable de nos jours comme l'a expliqué Orwell avec son Big Brother.


* Spackman sur tous les fronts

La production luxueuse de « Jesters : The Game Changers » est due à la société de production Simplex Film. On la retrouvait déjà à l'origine de la production de l'excellent « Deranged » en 2012. Elle appartient désormais à la holding multinationale Spackman Group qui s’intéresse beaucoup à la production de films en Corée du Sud. Spackman était déjà derrière la Zip Cinema Productions qui a sorti les films « Default » et « The Priests » ; son grand succès coréen étant « Be With you » avec So Ji-seob et Son Ye-jin en 2018 adapté d'un roman japonais. Spackman est aussi lié à Opus Pictures et Moho Film de Park Chan-wook pour « Snowpiercer ». Au niveau distribution elle est derrière Novus Media Corp, même si pour « Jesters »,  c'est la Warner Brothers Korea qui s'en charge. Spackman annonce une « Crazy Romance » avec Gong Hyo-jin et Kim Rae-won, et confirme l'internationalisation du financement local. Qu'en est-il de la distribution ?


*Warner Bros Korea et « Net-bashing »

A l'instar des investisseurs chinois, la Fox avait réussi récemment à décrocher le jackpot avec « The Wailing » alias « Gokseong » propulsé par une projection à Cannes. Warner Bros était, elle, encore sous les coups de la « net-bashing », les attaques des sociétés de managements de blogueurs et autres commentateurs rémunérés sur le net ou la presse. Son pourtant très intéressant « VIP » avec Jang Dong-gun avait été sabordé d'emblée. Son « Ilrang » réalisé par Kim Jee-woon avait tellement été sabré par les blogueurs avant même sa sortie que le CEO de Warner Korea avait tiré la sonnette d'alarme en lorgnant sur ses concurrents locaux, monopolistes bien connus. Notez que cela rappelle fortement l'intrigue de « Jesters » et la manipulation des rumeurs. Les choses s'étaient mieux passées avec la distribution de « Age of the Shadow » encore de Kim Jee-woon avec Song Kang-ho. Alors que la compagnie américaine s'installe plus confortablement dans la production musicale sud-coréenne, elle s'accoquine donc avec l'ambitieux financier Spackman pour « Jesters : : The Game Changers ». Les deux groupes pourraient bien faire de l'ironie en s'affichant eux aussi comme des « games changers » dans le jeu de quille du bizness cinématographique local.

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