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Cinéma & dramas

Tune in for love et les romances au cinéma

#Tout un cinéma l 2019-09-18

Séoul au jour le jour


Juste avant l'arrivée en force de « It Chapter 2 », « Tune In For Love » de Jung Ji-woo est l'occasion de revenir sur l'histoire des romances dans le cinéma de Corée du Sud. Ce genre très critiqué à ses débuts car allant contre la morale traditionnelle, mais très prisé par les spectateurs et les spectatrices, reste incontournable. Et ceci, même s'il n'a souvent été qu'un sous-genre du mélodrame, du « shinpa » naturaliste venu d'Occident voire un sous-genre de la comédie.


* Une sorte d'hommage

« Tune In For Love » pourrait être vu comme un hommage à toutes les romances du cinéma local. Le film est truffé de références à des vieux films dans années 1980 et 1990. La musique et les chansons jouent un rôle important dans cette évocation nostalgique. Les marqueurs symboliques des films du genre ont souvent été des chansons ensuite exploitées bien plus longtemps que les films. Avec « Tune In For Love », la variation vient des contacts du couple à travers un programme radio à succès de la KBS et d'une histoire de mauvais timing pour que le couple ne se fasse vraiment.


Le film originellement titré « L'album de musique de Yoo Yeol », du nom du DJ d'une ancienne émission de radio de notre maison mère, est situé dans les années 1990 au moment de la crise financière dite du FMI. Mi-soo jouée par Kim Go-eun commence à travailler dans une petite boulangerie où elle croise Hyun-woo joué par Jung Hae-in. Leur histoire d'amour impossible verra, ensuite, ses chassés-croisés rythmés par les chansons radiodiffusées.


*Romances venues de loin

Les premières romances filmées coréennes étaient basées sur le style « shinpa », des mélo naturalistes qui changeaient des traditionnelles légendes d'amour tragique comme le célèbre « Chunhyangjeon ». Ces films incluaient plus de détails contemporains, et aussi plus de piments avec des couples illégitimes et des personnages de séducteurs ou de séductrices. Les traditionnalistes ont crié au scandale. Mais le scandale attire le public de cinéma. Dans les années 1930-1940, ce sont les intello de gauche qui ont critiqué les romances comme étant de la propagande bourgeoise décadente (bovarysme flaubertien, voir « Madame Freedom ») et pro-capitaliste (promotion du consumérisme). En conséquence, après la libération, dans le cinéma du Nord, les romances seront strictement régimentée : pas de scènes au lit ni même de baisers entre les camarades de route. Le défunt commandeur cinéphage, et amateur d'actrices, Kim Jong-il réintroduira les romances in-extremis dans des films nordistes qu'il jugeait sans émotion.


*Une renaissance de la romance

Au Sud, les romances ont longtemps été absorbées par les mélo – les amours impossibles et les amants mouraient souvent à la fin. Puis, l'érotisme des années 1970, avec les films d'hôtesses, en introduisant de la sensualité (voir « The Handmaiden » de Kim Ki-young qui en est la matrice) ont surtout fait le portrait de prostituées, montées de la ferme à la ville plus ou moins par amour (voir les films d'Im Kwon-taek), un amour menant à la mort, à la misère ou à la folie, au choix. Dans les années 1990, avec l'atténuation des censures, le déclin des traditions, des comédies romantiques apparaissent jouant sur la «guerre des sexes ». « My Love My Bride » de Lee Myong-se en 1990 reste un modèle avec « Marriage Story » de Kang Woo-suk en 1992. Comme pour les shinpa des années 1930, c'est encore la modernité du quotidien qui sert de décor aux comédies romantiques. Une modernité souvent calquée sur les USA. Le film « When Harry Met Sally » en 1989 eu un gros impact localement.


*Féminisation, synergie et postmodernisme

A la fin des années 1990, une féminisation des personnages se fait jour. Les succès « Contact » en 1997 et « An Affair » en 1998 parlent de femmes avant tout ; des femmes qui retournent alors dans les salles. Shim Hye-jin, Shim Eun-ha, Jeon Do-yeon émergent à l'époque. En même temps, la mise en synergie des divers médias (Internet, télé, magazines féminins, radio, ciné) relance les audiences. Avec le postmodernisme, et le rivival des anciennes traditions, les romances sont envahies par le genre des films de renaissance. L'énorme succès du drama « Winter Sonata » en est un déguisé. Le système synergétique renforce les romances en tant que fabriques de couples imaginaires ou idéaux. Toutes les starlettes et tous les bellâtres deviennent les jouets d'un grand marché échangiste du couple à l'écran. 


Alors que la représentation des femmes est prise au sérieux dans les mélos et autres genres, le conformisme (hétorosexualité et mariage) des romances les laisse sur le versant sombre des écrans. Pourtant, « My Sassy Girl » par exemple, présente un portrait de femme excentrique qui chamboule les clichés. On en arrive à un renversement des rôles qui serait le pendant du succès des hommes-fleurs (féminisés ou quasi-transgenres) dans les médias et « Tune in For Love » joue sur cet effet également.

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