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On se souvient du temps des radios libres en France. Epoque légendaire des années 1980 quand tout un chacun pouvait monter sa radio personnelle et se libérer des grosses machineries gouvernementales. Hélas, la Corée du Sud n'a pas connu d'époque semblable, mais la radio a, malgré tout, joué un rôle sur les campus universitaires et au cinéma, surtout dans le célèbre « Hello My Love » mais, auparavant dans le film « Ditto » sorti en 2000, et ressorti en cette période du nouveau coronavirus.


* Une romance sur les ondes

Si la radio a eu du mal à se libérer en Corée du Sud, la situation de guerre permanente, jusqu’à nos jours avec le Nord, en est la principale raison concrète. Mais une autre raison plus métaphysique pourrait jouer : les ondes sud-coréennes semblent doter de certains pouvoirs étranges comme ceux de voyager à travers le temps. C'est la raison pour laquelle « Ditto » invente une nouvelle version au genre du « Punar janam », film de métempsychose : le « radio punar janam ». Cela fait penser au film « Ring » japonais de 1998 et sa belle version sud-coréenne de 1999 dans lesquels l'esprit vengeur d'une suppliciée du passé revient, au présent, à travers une bande vidéo VHS, hanter, voire trucider nos contemporains épris de technologies diverses. Le philosophe de la spectrologie, Jacques Derrida n'aurait pas dit mieux : les médias créent des fantômes, une « fantomachie » comme le dit si poétiquement le philosophe. 


* L'histoire

Le titre international est « Ditto » de dictus en latin, c'est-à-dire le retour du même. Le titre coréen est plus précis, ce serait le « même sentiment ». Donc, Kim Ha-neul est une étudiante amatrice de radio universitaire dans les années 1970, années de dictature militaire. Et Yoo Ji-tae est aussi un amateur de radio qui correspond avec elle mais... depuis les années 2000. Au cours d'une scène de jalousie inter-temporelle, l'étudiant des années 2000 révèle, ô miracle, que la Corée du Sud de l'avenir est un monde meilleur. Mais de manif en manif dans les années 1970 (c'est avant l'assassinat du dictateur Park), les choses se corsent et tournent glauques : la jeune fille était peut-être amoureuse du père de son amoureux du futur. Retour vers le futur via Œdipe et l'inceste, donc. Mais la radio magique commence à péter les plombs et chacun retourne à ses affaires, et elle se trouve une raison de rompre avec son copain. Tout baigne donc dans la friture des ondes radio.


* Un film tendance mais peu prometteur

« Ditto » à sa sortie était en concurrence avec « Il Mare » sur une histoire similaire. Dans « Ditto », c'est la radio qui métempsychose ; dans « Il Mare » (aussi avec un titre latino-italien qui veut dire « la mer ») il s'agit d'une boîte aux lettres. Il y a moins d'ondes magnétiques, c'est sûr, mais cela ne manque pas de charme romantique rétro. C'est « Il Mare » avec le couple Lee Jung-jae et Jun Ji-hyun qui remporta le gros lot. Il fut adapté pour un remake déplorable quelques années plus tard dans « The Lake House » avec Keanu Reeves et Sandra Bullocks. Du coup, la carrière de Kim Jung-kwon, le réalisateur de « Ditto », si vous suivez bien, n'a pas fait des étincelles. Nous étions à l'époque où les grosse machines de production-distribution, communément appelées « les monopoles », ne tournaient pas à fond. Il fallait donc se démarquer du lot. C'était loupé de peu pour Kim qui ne réalisa pas grande chose jusqu'à 2008 et presque plus rien après. En fait, c'est son compère Jang Jin, scénariste de « Ditto » qui ramassera les lauriers et signera comme réalisateur « Welcome to Dongmakol » ou encore « Public Enemy Returns » et d'autres films populistes. Le gros lot fut aussi pour Yoo Ji-tae qui devint une star internationale avec « Old Boy » quatre ans plus tard. Il en fut de même pour Kim Ha-neul qui, bien qu'elle ne fit pas de grands films au cinéma, devint une stakhanoviste des TV-drama.

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