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Cinéma & dramas

Mogadishu mon amour?

#Tout un cinéma l 2021-08-25

Séoul au jour le jour


Comme en écho à l'avancée des talibans dans le monde, le blockbuster de l'été longtemps en quarantaine avec ses rebelles du Moyen-Orient est finalement sur les écrans. Il s'agit de « Escape from Mogadishu » du réalisateur Ryoo Seung-wan, celui que l'on surnommait « l'Action Kid » du cinéma sud-coréen. Bref, comme l'armée américaine dans « La Chute du Faucon Noir », les courageux et invincibles héros des deux Corées associés vont-ils sauver le monde ?


* Réel inspiré d'une intrigue

Nous sommes donc en 1991, en Somalie où une énième guerre civile vient d'éclater. Les diplomates sud-coréens sont sur place (joués par un débonnaire Kim Yoon-seok et un sémillant Jo In-sung) car ils négocient on ne sait quoi avec le numéro un somalien. Mais voilà que des nord-Coréens (joué par le toujours excellent Heo Joon-ho et Koo Kyo-hwan) et des mercenaires s'en mêlent. Eux aussi voudraient parler au dictateur ; qui malgré tout, a donc du succès, mais la corruption est à l'ordre du jour. Pourtant, on est vite rassuré : nos diplomates sont des durs à cuire, couillus, ils en ont vu d'autres au pays. Ce n'est pas une kalachnikov brandie par un noir en slip qui va les effrayer. Bref, il n'y aura pas de romance à Mogadishu ; sauf celle des héros coréens finalement unifiés pour fuir le pays.


* Recette du blockbuster de secours

On s'y attendait un peu. Le film concocté en pleine euphorie antérieure à la pandémie s'en ressent. Il comporte sans s'en embarrasser les standards du blockbusters à la mode hollywoodienne : héros, nationalisme, manichéisme et pseudo-réalisme. Ce dernier point est à souligner car on apprend à peu près rien du contexte et de ses pauvres Somaliens qui ont tout l'air de sortir de là comme des Indiens des vieux westerns d'Hollywood. Il apparaît rapidement que le réalisateur Ryoo Seung-wan se sert de la guerre civile somalienne pour tenir un discours pacifiste sur les relations intercoréennes. On avait connu le « Welcome to Dongmakgol », voici le « Welcome to Mogadishiu ». Du coup, scénario rédigé quelques années plus tôt oblige, le film semble anachronique avec le refroidissement actuel de ces mêmes relations. Ryoo s'attarde sur ce point et sur le machisme burné de ses héros comme pour conserver ce qui fait vraiment l’intérêt de son film : les scènes d'action.


* Film de guerre et course-poursuite

Ryoo Seung-wan est connu comme un réalisateur de films d'action, au moins, depuis « Die Bad » en 2000. Émergeant de la tambouille indigeste de son scénario, une longue course-poursuite montre que Ryoo n'a pas perdu la main. Sa caméra virevoltante suit comme pas une les diplomates coréens au travers de la mitrailles et des rues de Mogadishiu. On est entre le « Sauvez le Soldat Ryan » de Spielberg et un bon vieux jeux vidéo des familles. On imagine très bien Hollywood appeler Ryoo pour un prochain blockbuster, un peu comme Kim Jee-woon qui a déjà tenté l'expérience. Quoiqu'il en soit, une première question saute à l'esprit en voyant cette scène : est-qu'une seule séquence de film peut être tout le film ? Eh, bien la réponse, ici, est oui. Déjà Salvadore Dali le disait à propos de sa critique paranoïaque de la peinture : un détail, même infime, d'un tableau peut être l'essentiel, ce qu'il y a à sauver.


Mais une autre question saute aux yeux : comment faire un film de guerre contre la guerre ? Marguerite Duras déjà évoquait cette question dans « Hiroshima, mon amour ». Tout film mettant en scène des combats des héros, des vilains, des fusillades, etc, ne fait que renforcer la mythologie guerrière dans tout ce qu'elle a de faux et d'illusoire. Les blockbusters de guerre hollywoodiens financés par l'armée ne s'y trompent pas.


Dans Mogadishu, certes le sémillant Jo In-sung se lamente sur la guerre (tandis que Kim Yoon-seok semble dans les nuages) mais le but des images et leurs aspects ludiques ne sont pas différents des standards hollywoodiens, et l'unité des Coréens ne semblent plus se faire au nom de la paix mais bien au nom de la guerre. Là vient, enfin, le dernier point qui ressort du film et de cette période pré-pandémique où les monopoles de production locaux après le succès mondial de « Parasite » de Bong Joon-ho ont tiré des plans sur la comète : leur ambition n'est-elle autre que de refaire des blockbusters à la sauce hollywoodienne ? L'avenir nous le dira rapidement.


En attendant, « Escape from Mogadishu » distribué massivement sur un tiers des écrans du pays confirme, avec ses 2,5 petits millions d'entrées, la nouvelle donne des salles du pays qui vont devoir se serrer la ceinture encore pour un certain temps.

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