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Cinéma & dramas

Walk-up : nombrilisme Hongien

#Tout un cinéma l 2022-12-07

Séoul au jour le jour


Le réalisateur Hong Sang-soo continue son petit bonhomme de chemin avec deux petits films cette année : « The Novelist's Film » et « Walk-up ». Nous allons nous intéresser à ce dernier tout en le comparant à son précédent. Comme d'habitude, les deux films ont fait le tour des festivals internationaux et comme d'habitude, les critiques indigentes sont aussi dithyrambiques que les spectateurs sont peu nombreux. Essayons de voir au-delà de son statut de coqueluche des festivals, en évoquant le système de production de Hong Sang-soo et l'influence de sa maîtresse officielle, l'actrice Kim Min-hee.



* Cherchez l'intrigue

Comme d'habitude, on pourrait décrire une intrigue dans le film de Hong Walk-up, mais faisons-le en sachant que ce serait broder sur ce qui, manifestement, n'est pas important pour le cinéaste. Il s'agit donc d'un réalisateur de film en manque d'inspiration et de budget (joué par le toujours débonnaire Kwon Hae-hyo, devenu, film après film, l'alter-ego vieillissant de Hong sang-soo) qui rend visite en compagnie de sa fille qu'il avait perdu de vue, à une vieille amie architecte d'intérieur (interprétée par la très glamour Lee Hye-young). Cette dernière possède un petit immeuble et la fille du cinéaste voudrait étudier la décoration d'intérieur. La visite commence donc. Chaque étage a droit à une séquence puis on reprend tout depuis le début. Au premier étage, l'architecte l'admire mais sa fille lui confie que son père cinéaste est bizarre. Au deuxième, on découvre la belle Song Seon-mi en restauratrice divorcée qui fond pour l'ennuyeux cinéaste. Au troisième, les deux sont en couple, le cinéaste ne tourne plus et la restauratrice va fermer son resto. Quand on retourne au bas de l'immeuble, on sait que le cinéaste a de multiples personnalités ambiguës et on sait qu'il s'agit, encore, d'un autoportrait enjolivé de Hong Sang-soo lui-même. Mais qui s'en soucie ?



* L'ombre de Kim Min-hee

Nombreux sont les critiques de cinéma qui tout en mettant quatre étoiles au film, ont glissé quelques commentaires piquants à propos du nombrilisme du réalisateur et de sa manière de se disculper à peu près de tout, même de son style de film proche de la vacuité. Pourtant, disons à la défense de Hong qu'il filme là de belles femmes. C'est déjà ça. Godard, ce grand humoriste, dirait qu'il ne manque à ces belles créatures qu'un fusil à pompe pour commencer à faire du vrai cinéma. Il manque pourtant une femme, la maîtresse et muse de Hong, Kim Min-hee. Elle est créditée comme productrice. Son absence souligne une différence avec le film précédent de Hong et ceux où Min-hee est absente. Dans The Novelist's Film, avec Min-hee, on sentait la recherche du vide, du Sunyata bouddhiste. La vacuité du film avait un rôle en ce sens. Ne rien filmer, ne rien dire de sensé, ne rien ressentir, le non-agir, jusqu'à anéantir l'intérêt même du film, sa nécessité. L'esthétique des longs plans statiques, des petits panoramiques et des zooms languissants sont alors le signe d'un anti-cinéma sous couvert de dévotion bouddhiste. Lorsque Kim Min-hee se met en retrait, Hong Sang-soo retrouve ses structures stochastiques de ses débuts avec la répétition de scènes à configurations variables, comme la chance ou les probabilités quantiques appliquées à la vie. Il dit en cela sa propre chance qui l'a fait devenir cinéaste fils de producteur, et justifie la hiérarchie sociale comme un don du ciel. L'arrogance de ses personnages ne dit rien d'autre. Mieux : son alter-ego quitte ses illuminations métaphysiques bouddhistes enrobées de naturalisme (neige, pluie, et autres éléments naturels) pour retrouver sa hargne, sa mauvaise foi, son dédain petit-bourgeois pour les autres, surtout les prolos et les femmes. Pourtant, Kim Min-hee hante le film et, par exemple, empêche le réalisateur de mettre en scène, comme il l'aurait fait à ses débuts, une fellation entre la restauratrice et le cinéaste en long plan fixe ni même en zoom élastique. Nous somme donc dans Walk-up dans un Hong Sang-soo rétro mais bridé.


ⓒYONHAP News

* Système de production à la Hong

Avouons-le : il y a quelque chose de français dans les films de Hong. En effet, on peut aussi faire une analyse de ses films loin de la pataphysique du vide bouddhiste, mais près du système de production des films français de la fin des années 1970 et des années 1980. A cette époque, pour que les acteurs et les techniciens du cinéma puissent encaisser un maximum sur le budget, les films réduisaient la voilure, le nombre et l'envergure des décors, des costumes et de tout le nécessaire. On tournait dans la maison secondaire du producteur. Du cinéma d'auteur, on passait au cinéma en chambre ou au cinéma d'acteurs en chambre, car ces derniers étaient mis spécialement à contribution avec tout un tas de dialogues pour remplir le manque d'espaces et de mouvements du film. Hong Sang-soo, fils de producteurs expérimenté, a, en effet, mis en place un système de minimal de production : il finance et fait tout lui-même ou aidé par ses étudiants (rappelons qu'il est aussi professeur à l'université). Il peut ainsi être libre certes, mais surtout produire deux films par an et à moindre coût (rappelons que ses films ne rapportent presque rien en Corée du Sud). Il n'était pas le seul à avoir cette démarche, le défunt Kim Ki-duk l'avait initiée sauf que Kim avait des ambitions créatrices qui s'étendaient bien au-delà du nombrilisme de Hong Sang-soo.

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