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Cinéma & dramas

Introduction à Hong Sang-soo

#Tout un cinéma l 2021-06-09

Séoul au jour le jour


Le dernier moyen métrage de Hong Sang-soo, « Introduction », est une sorte d'introduction à lui-même. En sélection au dernier festival virtuel de Berlin, il est évident que s'il n'avait pas été signé par le célèbre Hong Sang-soo mais par un quelconque étudiant en cinéma, il serait passé inaperçu. Cinéaste stakhanoviste produisant presque plus d'un film par an depuis qu'il a découvert la vidéo numérique, que nous raconte-t-il de beau ?


* Ciné-radio

Nous l'avons déjà dit : le cinéma de Hong Sang-soo est passé de quelque chose de torturé autour du sexe et des femmes (la période des débuts jusqu'à « Turning Gate » en 2002 ») à la comédie légère (la période avec production française jusqu'à « Woman is the future of Man ») au ciné-radio, où les dialogues abondants prennent le pas sur les images (ceci incluant la période « mystique » avec son actrice et maîtresse Kim Min-hee). « Introduction », qui commence par une histoire d’un homme qui rend visite à son père, praticien de médecine traditionnelle coréenne, est encore dans cette tendance. L'influence française n'y est pas pour rien. Beaucoup de films français des années post-Truffaut sont des ciné-radio en chambre. L'influence des tv-dramas sud-coréens aussi, où tout se résous dans les dialogues et une pauvreté d'image navrante. Hong ne va pas jusque là, il reste un maître de la composition de cadre comme ses références : les Japonais Mizoguchi et Ozu.


Le faible coût de la production de ciné-radio explique aussi cette tendance (moins de lieux, peu de mouvements, un montage moins cher car uniquement basé sur l'édition des dialogues, etc, sans compter sur le discount du noir et blanc). Hong Sang-soo qui tournait comme Kim Ki-duk avec 400 000 à 500 000 dollars par film a revu encore ses budgets à la baisse avec la caméra vidéo (qu'il manie lui-même, ici, pour la première fois), car il est aussi son propre producteur (et aussi son compositeur car il a composé la petite musique du film).


* Ironie des moeurs locales

Il est vite assez clair avec ce film (comme avec plusieurs précédents dont « La Caméra de Claire » avec Isabelle Huppert) que Hong fournit ses commanditaires dans les festivals en creusant ses fonds de tiroir (ici Berlin où, d'ailleurs, il a tourné une partie du film). Kim Min-hee a, un moment, remis du sel dans ses fables (qui commençaient à manquer du vécu qui avait fait la qualité de ses premiers films). Hong le fait avec ironie et, presque, avec de l'auto-parodie. Avec « Introduction », il auto-parodie aussi les mœurs de son pays. Les personnages, que cela soit le fils, sa soeur, leur mère ou encore l’acteur avec qui elle mange dans un restaurant au bord de la mer, ne cessent de se présenter même lorsqu'ils se connaissent déjà. Et soudain, ne voilà-t-il pas qu'ils se déballent des ragots sur leur passé, celui de leur famille, et sur celle des autres, etc. Cela aussi est un thème classique des mœurs locales. Bien sûr, il y a la crise spirituelle d'un des personnages qui devient un sujet de discussion. Il s'agit ici de la nette influence « mystique » depuis que Hong « travaille » avec l'actrice Kim Min-hee.


* Grain à moudre des critiques

Il est certain que le malicieux Hong Sang-soo s'amuse, avant même de tourner ses films, à deviner le contenu des critiques après les projections dans les festivals. Etant depuis longtemps déclaré comme un maître du cinéma, les critiques patentés et mondains des médias officiels doivent lui trouver du talent même s'ils ne voient pas bien de quoi il s'agit. Hong se moque d'eux, sachant qu'ils sont des péons accablés par leur position. Il leur donne donc du grain à moudre avec des références classiques par-ci et des auto-citations par-là. On pense à Bong Joon-ho mais alors que Bong joue avec les attentes des spectateurs – il a souvent plus de 10 millions d'entrées dans les salles sud-coréennes - Hong joue avec les attentes des critiques de cinéma. Il faut dire que les films de Hong font très peu d'entrées localement. Pourtant, sans s'en apercevoir, il trace le portrait d'un réalité locale invisible : celle des relations (générationnelles, sexuelles, professionnelles, hiérarchiques, voire métaphysique avec les fantômes, etc). Comme dans la tradition hindou-bouddhiste puis néo-confucianiste, ces relations forment une réalité si forte, si prégnante qu'elle désintègre le « Moi », fonctionnalise les êtres évidés et incomplets sans ces relations (l'insistance sur la codifications des dialogues, reflet essentiel de ces relations, ne fait que souligner cela). Ce faisant, les questions de pouvoir et de déterminisme social sont écartées au profit d'une sorte de fatalité du relationnel codifié.


On a souvent comparé Hong Sang-soo à Woody Allen pour sa propension à valoriser la parole sur les images. Inutile de prouver que c'est faux pour Allen qui est un maître dans l'art visuel, et que cela n'était pas vrai non plus pour Hong à ses débuts. Mais cela est aussi faux dans le sens où le réalisateur américain n'oublie jamais la contextualisation sociale comme déterminisme hors système de relations essentialisées.


Bref, Hong Sang-soo est probablement en train de préparer un film pour le festival de Cannes et sa meute de critiques de cinéma qui n'a pas fini de cogiter sur ses films.

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