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Cinéma & dramas

Youn Yuh-jung toujours d'attaque

#Tout un cinéma l 2022-04-20

Séoul au jour le jour


L'actrice Youn Yuh-jung ne s'est pas endormie sous ses lauriers des Oscars de 2019, elle est au casting de la série de Apple TV « Pachinko ». A 74 ans, elle interprète confortablement une grand-mère coréenne installée à Osaka. Pour Youn, mère de deux fils coréano-américains, et elle-même originaire de Kaesong, ville historique aujourd'hui en Corée du Nord, le chemin vers la reconnaissance internationale a été long et, parfois, tortueux. C'est ce que nous allons voir.



* Débuts avec Kim Ki-young

Avant d'être décorée de l'ordre du mérite national sud-coréen en 2021, Youn Yuh-jung revenait de loin. Ses débuts dates de 1967, en plein régime dictatorial en Corée du Sud. Elle réussie un concours pour entrer dans la chaîne télé privée TBC. Elle est créditée dans les sitcoms « Mister Gom » la même année et quatre autres dans les années qui suivent. Mais il va lui falloir attendre le sulfureux réalisateur de thrillers érotiques Kim Ki-young pour se lancer au cinéma. Avec « Woman of Fire » en 1971, un polar psychédélique entre les « pinku eiga » nippons et les « gialli » italiens de l'époque, Youn acquiert une réputation de femme fatale comme jamais dans le cinéma sud-coréen. Très mignonne dans l'esthétique de l’époque, elle vient mettre en péril le couple traditionnel parfait : la femme, le mari et la maîtresse. Le cinéma de ces années des plomb est plutôt à bas coût. Il faut donc rempiler très vite sur un autre film sulfureux de Kim Ki-young : « The Insect Woman ». Youn joue encore la très jeune et dangereuse maîtresse d'un professeur dans cet énième portrait très négatif des femmes dans le regard de Kim Ki-young. Néanmoins la carrière de Youn est lancée mais pour un temps seulement.



* Les sitcoms et l'Amérique

Si le cinéma des années 1970 était à petits budgets, les sitcoms de télé l'étaient aussi. Youn rempile donc à la fois au cinéma et à la télé : au cinéma, on la voit dans des films à sous texte érotique comme « The Day and Night of a Korean-American » en 1978 ; à la télévision elle joue les courtisanes dans « Jang Hui-bin » et même une impératrice dans « Empress Myeongsong » en 1972. Son personnage de femme moderne, loin des sacrificielles ajuma, mères ou filles à marier, se forme peu à peu. Mais les années de plomb ne réussissent pas à Youn qui finit par se marier avec l'artiste Jo Young-nam. Le couple s'installe aux Etats-Unis de 1974 à 1984. Cette année-là Youn, qui avait cesser d’apparaître sur les écrans depuis 1978, divorce et rentre au pays.


* Le retour – faux départ

Il est alors très difficile pour une actrice déjà âgée de près de 40 ans de revenir sur le devant de la scène cinématographique et même télévisée. Alors que les sitcoms lui offre des sous rôles anodins, c'est le regretté Park Chul-su qui lui donne une chance de retour dans le film « Mother » en 1985. Une jeune fille est violée. Sa mère jouée par Youn va se venger des responsables. Le film est un gros succès pour l’époque. Son mentor, Kim Ki-young, ne l'oublie pas non plus. Il lui donne le premier rôle dans « Be A Wicked Woman » en 1990. Deux femmes s'associent pour tuer leurs maris. L'histoire est plaisante, mais le film ne passe pas la censure. Kim Ki-young quitte la scène, ce sera son dernier film (avant de mourir huit ans plus tard dans un incendie de sa maison). Ce n'est pas très bon pour Youn qui est obligée de rempiler dans les sitcoms.



* Le vrai retour

En 2003, le réalisateur Im Sang-soo, traqué par les autorités depuis son célèbre « President Last Bang », veut frapper fort avec un film anti-bourgeois. Il choisit Moon So-ri et Youn Yuh-jung pour « A Good Lawyer's Wife ». Youn joue une épouse délaissée qui se console avec un amant et assume. Le film est un succès international. Le retour de Youn est, cette fois, réussi. Elle va enchaîner avec Im Sang-soo sur « The Old Garden », « The Housemaid », « The Taste of Money », « Intimates Enemies » et « Heaven : The Land of Happiness ». Tous des films qui ont eu un succès international et qui ont modernisé les thèmes et les esthétiques du cinéma sud-coréen. Le personnage de Youn à, certes, vieillit mais elle incarne toujours un franc-parlé et une forte tête d'un individualisme rare comparé aux normes des personnages sacrificiels féminins du tout venant de la production.



* Stackanoviste tv et actrices d'auteur

Après ses succès avec Im Sang-soo, Youn est restée une stackanoviste des dramas télé. Elle a cependant joué dans des films important du cinéma local. Citons « Hahaha », « Hill of Freedom » et « Right Now, Wrong Then » de Hong Sang-soo, « Actresses » et surtout « The Bacchus Lady » de E-J Young. Surtout, elle n'oublie pas son positionnement international, notamment coréano-américain, en jouant, notamment, dans « Minari » de Lee Isaac Chung aux côtés de Steven Yeun en 2020. Ce positionnement internationaliste, comme son personnage de franc-tireuse font d'elle, malgré son âge, une personnalité centrale du cinéma sud-coréen actuel.

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