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Cinéma & dramas

Vanishing ou la recette du thriller coréen sauce camembert

#Tout un cinéma l 2022-04-27

Séoul au jour le jour


Aimer le cinéma sud-coréen doit-il être synonyme d'essayer de faire des films sud-coréens ? Et quelles différences avec les cinéastes qui font des films en Corée du Sud avec des Coréens du Sud sans faire des films sud-coréens ? Toutes ces questions viennent à l'esprit en regardant « Vanishing : Unsolve Case » de Denis Delcourt. Plus que les séries des plate-formes américaines tournées en Corée, cette production officielle a posé un dilemme aux médias locaux. Voyons ce qu'il en est.


* Une histoire de cadavre


Si on a commencé par évoquer le côté « co-production » franco-sud-coréen (en fait, un financement français investit en partie en Corée du Sud), il faut aussi rappeler que le film est basé sur un roman de l'Ecossais Peter May « The Killing Room », et que ce roman évoque une affaire qui s'est déroulée en Chine. Et voilà que les Français à travers la chaîne Canal Plus s'en mêlent. Bref, on ne peut pas faire plus méli-mélo international. Disons-le d'emblée : l'intrigue est des plus alambiquées et se ressent de l'évitement d'un tournage en Chine pour cause de censure. La toujours ravissante Olga Kurylenko joue une spécialiste des empreintes digitales à en réveiller les cadavres. Là, on s'attend à de l'horreur gothique plutôt « british », mais non, voilà que Yoo Yeon-seok qui joue le jeune sémillant flic de service entraîne la belle Olga (complètement paumée, à vrai dire) sur les traces très convenues d'un trafique d'organes. Malheureusement, l'organe manquant du film est bien le cerveau. 



* Essayer de ressembler à un thriller coréen ?


On connaissait les westerns spaghettis, des westerns à l'italienne qui prétendaient être tournés à Hollywood avant de devenir un genre à part entière. Mais ce que fait « Vanishing » c'est de tenter de ressembler à un thriller sud-coréen alors qu'il est basé sur un roman qui ne l'est pas et que sa production et sa réalisation ne le sont pas non plus. Nous avons évoquer la différence avec des cinéastes qui tournent des films en Corée avec des Coréens mais qui ne prétendent pas faire des films coréens. Par exemple, « Death at The Edge of her Lips » tourné à Kimpo avec un casting et une équipe mixte, internationale, ressemble bien plus à un Giallo italien des années 1970 qu'à un thriller sud-coréen des années 2000. Bref, il ne ressemble qu'à lui-même. Et c'est là toute sa force : il crée une expérience cinématographique nouvelle. Ce qui n'est pas le cas, malheureusement, de « Vanishing » qui s'empêtre dans une volonté, peut-être pas assumée, de ressembler à un thriller de Kim Jee-woon (« I Saw the Devil »), de Na Hong-jin (« The Chaser ») ou encore de Bong Joon-ho (« Mother », « Memories of Murder »). Pour dédouaner le réalisateur qui connaît bien les films cités plus haut, misons que ce projet à la sauce Canal Plus est surtout un plan B de producteur pensant capitaliser sur le succès des thrillers sud-coréens. Mais n'est pas Bong Joon-ho ou Kim Jee-woon qui veut. Ces cinéastes savaient dès leurs premiers films qu'ils allaient faire une œuvre originale, qu'ils soient en Corée du Sud ou sur Jupiter.


ⓒBIFF

* Réception locale hostile


Il est clair, en lisant la presse locale, que la réception du film est plutôt négative, remplie de mise en garde pour le spectateur sud-coréen qui se laisserait prendre : ceci n'est pas un film de chez nous, même si cela se passe ici, même si des acteurs sont des compatriotes, et même si une bonne partie du budget est tombée dans l’escarcelle nationale. Il faut dire que la grosse industrie locale, qui est derrière les médias, a été échaudée par les succès récents des plate-formes américaines. « Squid Game », « Hellbound », « All of Us Are Dead » ou « Quiet Sea » sont donnés comme des œuvres en langue coréenne seulement. La formule est évidemment inexacte car, à la différence de « Vanishing », ces séries ont été conçues et réalisées par des équipes presque à 100% sud-coréennes. Pour « Vanishing », il a donc été encore plus facile de qualifier le film de bizarre ou de peu familier même s'il se déroule au pays. Il est vrai que le chef opérateur français a produit une image un peu plus sombre que les thrillers locaux et un peu plus agitée ; il est vrai aussi que le scénariste a oublié d'insérer une histoire de famille sacro-sainte. Mais en dehors de cela... 



* Olga Kurylenko et Ye Ji-won


Au final, il faut retenir que la pauvre Olga Kurylenko, malade à son arrivée pour le tournage en Corée, s'est bien rétablie. Elle est toujours aussi charmante même lorsqu'elle semble très peu concernée par son personnage surfait. Et aussi citons Ye Ji-won, toujours impeccable et libidinale à souhait. Elle pourrait parler français à l'envers que cela ne changerait rien à son aura. Bref, si Alain Chabat s'était outrageusement planté avec sa comédie aux côtés de Bae Doona, il y a trois ans, Denis Delcourt, qui n'est pas venu sur place aider à la sortie du film en Corée (il faut dire qu'il a été tourné il y a plus de deux ans), semble bien lui emboîter le pas.


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