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Cinéma & dramas

Kang Soo-yeon dans Girl's Night Out

#Tout un cinéma l 2022-06-01

Séoul au jour le jour


La défunte actrice Kang Soo-yeon a joué dans des films importants du cinéma de Corée du Sud. Après deux films pour le vétéran Im Kwon-taek, elle est apparue dans plusieurs films de la nouvelle vague : « Berlin Report » de Park Kwang-su, « The Road to Racetrack » de Jang Sun-woo ou encore « Rainbow Trout » de Park Jong-won. Parmi ceux-ci retenons particulièrement « Girl's Night Out », qui, tourné en 1998 par Im Sang-soo allait rester le film le plus marquant de Kang Soo-yeon.


* La nouvelle vague

Im Sang-soo est un réalisateur tardif de la nouvelle vague. Cette dernière a débuté probablement avec « Declaration of the Fools » de Lee Jang-ho en 1985, dans lequel le cinéaste met en scène son propre suicide pour dénoncer la censure politique qui détruit le cinéma sud-coréen de l'époque. Mais c'est Im Kwon-taek, un vétéran égaré du cinéma des années 1970 qui va émerger sur la scène internationale. Et Kang Soo-yeon joue dans deux de ses films. Im Sang-soo est en 1989 assistant de Park Jong-won sur « Kuro Arirang », un film de la nouvelle vague sur la condition des femmes ouvrières largement amputé par la censure. Il est ensuite scénariste pour le même réalisateur et assistant sur le célèbre « Kim's War » de Kim Young-bin et les histoires de yakusas coréens du Japon. Ce n'est qu'en 1998 qu'Im Sang-soo et Park Jong-won se lancent sur deux films qui font un bilan amer de la génération des militants pro-démocratie des années 1970-80. Pour Im ce sera « Girl's Night Out » pour qui il choisit une brochette d'acteurs en pointe comme Sol Kyung-gu et Cho Jae-hyeon, et pour les femmes Jin Hee-kyung, Kim Yeo-jin et finalement Kang Soo-yeon qui tient là un rôle en or de la nouvelle vague.



* Révolution sexuelle

Le film apparaît d'emblée comme l'expression d'une révolution sexuelle en Corée du Sud. Mais cela serait aller trop vite en besogne. Les choses sont encore difficiles sur le terrain et, en fait, le film montre qu'elles n'aboutiront pas. Trois femmes dans la trentaine, dont Kang Soo-yeon qui pourtant n'a encore que 29 ans, discutent de sexe autour d'un repas. On est presque chez Marco Ferreri avec des discutions crues comme on en a jamais entendues dans le cinéma du pays du matin calme sur la masturbation, la jouissance, les amants et les godemichets. Deux des femmes, dont Kang Soo-yeon qui joue une chef d'entreprise indépendante, sont favorables à l'amour libre, sans mariage. Totalement désinhibées du moins en paroles, elles s'opposent à la prude et conservatrice serveuse de restaurant interprétée par la pourtant plantureuse Jin Hee-kyung. Cette dernière croit encore au mariage, au couple, et ne comprend la sexualité en dehors de ces normes imposées par la société. Les hommes autour, sont là pour faire échos, et pour, peu à peu, relever le malaise qui existe entre les discours, les poses et les réalités.



* Politique des mœurs


Le personnage de Kang Soo-yeon est des plus intéressants car il intègre la dimension sociale à ce qui pourrait passer pour un badinage de magazine pour femmes. Sa liberté est liée à sa condition sociale de privilégiée. Et sa liberté ne vise pas à s'étendre à toute la société. A l'opposé, la serveuse de restaurant est une prolétaire, et sa façon conservatrice de voir les choses est aussi dictée par la nécessité économique de se sortir de sa situation en jouant des relations amoureuses avec les hommes. On comprend rapidement que derrière ces discours sur le sexe, une critique de la société est le vrai but du film (avec la remise en place de la politique des mœurs dans la structure politico-sociale du pays). S'il est vrai qu'on ne peut faire de révolution sans bouleverser les mœurs et la vie quotidienne, on peut non plus changer les attitudes des gens sans bouleverser les structures d'encadrement économiques et sociales. 


* Un style et un scandale

Le style du film introduit le réalisme au sein d'un film ultra-dialogué en rompant avec les champs-contre-champs communicationnels des films standards. Très vite, on comprend que si ces trois femmes ne peuvent se mettre vraiment d'accord, elles ont du moins parlé franchement de leur vie. Cette sincérité du collectif de cette génération passe pour une nostalgie d'une époque déjà en phase finale. Mais cette nostalgie est compensée par le fait que le film existe. En effet, il y a une différence entre ces discussions assez banales entre femmes activistes de la génération pro-démocratie des années 1970-80 et d'un film qui sort en 1998, montrant cela publiquement jusqu'à choquer les censeurs médiatiques. Ce fut le coup réussi de Im Sang-soo avec l'appui de Kang Soo-yeon actrice alors en pleine gloire mais à la recherche de sens. Elle ne retrouvera pas de meilleurs rôles par la suite.

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