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Cinéma & dramas

Umma : esprit es-tu là ?

#Tout un cinéma l 2022-06-15

Séoul au jour le jour


Les films d'horreur ont le vent en poupe. L'année dernière le film français "Titane" avait eu la Palme d'or cannoise. Et comme David Cronenberg, un spécialiste du genre l'a affirmé : c'est une nouvelle page qui s'ouvre pour l'horreur au cinéma. Le film "Umma" de Iris Shim, américaine d'origine coréenne, tente donc de mêler les vieux esprits de la tradition cinématographique coréenne à de l'horreur moderne grâce à son producteur qui n'est autre que le célèbre Sam Raimi. Connu, entre autres, pour "Evil Dead" et la série culte "Ash versus Evil Dead". Voyons quel est le résultat.



* Esprit quand tu nous tiens

L'intrigue de "Umma" est des plus simples : une fille d'immigrante coréenne, interprétée par Sandra Oh, vit en recluse avec sa fille dans une ferme pour abeille. Les deux femmes font du miel mais semblent torturées par un secret familial. Peu à peu (le film est lent), on comprend que la mère a la phobie de l'électricité. Du coup, sa fille vit une première situation horrifique : elle ne peut utiliser de téléphone portable, ni même regarder les chef d'oeuvre de la télé-réalité. Bref, elle est au bord de la dépression. Et lorsqu'elle postule pour une fac, c'est le drame familial. Va-t-elle pouvoir se faire des copines sur le campus ? Va-telle pouvoir abandonner sa mère à ses ruches dans ce trou perdu ? Il lui faut briser le traumatisme de sa mère. En fait, celle-ci est hantée par la mémoire de sa propre mère; une marâtre qui la torturait à coup d'électrocutions. Son fantôme en Hanbok vient hanter la maison. C'est horrible pour les abeilles qui ne font plus de miel. Finalement, sans surprise, tous le monde va se réconcilier dans ce monde et outre-tombe.



* N'est pas "Fresh" qui veut.

En regardant "Umma", on pense d'abord à "Minari" le célèbre film d'un américain d'origine coréenne aussi, Isaac Chung, et à son histoire d'identité bouleversée des migrants. Les paysages désertiques où a lieu l'action vont dans ce sens. Puis vient à l'esprit un film d'horreur récent et excellent "Fresh". Le pari réussi de "Fresh" est de faire de l'horreur sans trop de sang ni de violence. Tout est dans la situation (un séducteur cannibale et vendeur de viande de jeune fille). Si le film peut se passer de l'un des trois ingrédients de l'horreur (surprise, dégoût, douleur) c'est qu'il est une métaphore sur la condition féminine. Malheureusement, ce n'est pas le cas de "Umma". Son manque de situation horrifique surprend et ne correspond pas à son producteur. Sam Raimi est en effet connu pour ses effets spéciaux sanguinolents, gores et à la limite du Grand-guignol. Il devient alors clair que l'erreur de la jeune réalisatrice Iris Shim est de trop compter sur les vieux effets des films de fantômes de son enfance. 



* La gifle

Le cinéma sud-coréen a connu une longue série de films de fantômes. Ils étaient basés sur la croyance traditionnelle de la survivance des esprits quelque part dans le ciel ou au nirvana, etc. Si les esprits des ancêtres ne sont pas respectés par les vivants, attention au méchant loup. Dans le film, il s'agit d'une jolie renarde à neuf queue, souvent attribuée aux esprits vengeurs femmes. Bref, l'intrigue joue sur cette tradition : va-ton finir par pardonner à la marâtre et à lui donner une sépulture descente avec tout le respect qui se doit (même si elle est détestée). Les deux héroïnes n'y croit pas d'abord, mais dans un retournement illogique, finissent par enterrer les cendres de la mère et grand-mère en costumes de traditionnels. Il faut dire que le seul plan intéressant du film, probablement concocté par Sam Raimi lui-même, est passé par là : on y voit Sandra Oh se faire avaler par la terre puis recracher sous une pleine lune menaçante. Ce sera le clou visuel du film qui en comporte peu.  C'est donc la peur de se faire avaler par la terre qui convainc les deux femmes de se plier à la tradition; cela dit, la jeune femme prend ses clics et ses clacs, et part vivre sa vie sur les campus, loin des fantômachies traditionnelles. D'ailleurs, le moment clés de l'intrigue se situe lorsqu'elle rend une gifle à sa mère, chose quasiment impossible dans un film produit par des Coréens.



* Le cinéma coréano-américain

Il existe un vrai cinéma coréano-américain comme ce film de Shim ou celui de Chung le montrent. Ce n'est ni du cinéma coréen ni du cinéma américain, il s'agit de quelque chose d'autre, d'une culture migrante qui s'exprime dans toutes ses contradictions. Avant eux, il y avait eu John Lee ou encore Michael Kang et Kim So-young. La jeune Iris Shim explique très bien que dans la tradition de sa famille installée à Chicago, travailler dans les arts n'était pas bien vu. Elle a donc fait de la psychologie à la fac avant de se tourner vers le documentaire. "The House of Suh" son premier documentaire est marqué par l'approche psychologique. Mais après un tour  au département de cinéma de l'université Columbia à New-York, elle est devenue assistante du réalisateur américain Martin Campbell sur "The Foreigner" avec Jackie Chan. Du coup, sa famille a renoué des relations avec la jeune femme. Jackie Chan  fait des miracles, c'est connu. Bref, on espère que si Sam Raimi s'intéresse à la Corée, il accouchera de quelque chose de plus fort la prochaine fois.

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