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Cinéma & dramas

Take care of my Cat : le retour

#Tout un cinéma l 2021-10-20

Séoul au jour le jour


Le célèbre film « Take Care of My Cat » qui avait marqué l'année 2001, vient de ressortir sur les écrans de Séoul. Avec la jeune et future star Bae Doona et la première réalisation de Jeong Jae-eun, une jeune femme aussi, le film marquait pourtant la fin d'une période esthétique du cinéma local. C'est ce que nous allons voir.


* Misère des jeunes filles

Ce film a souvent été présenté dans les promos comme une comédie de mœurs sur des jeunes filles. S'il y a effectivement des portraits de jeune filles dans ce film, ils sont loin d'être comiques. On y trouve une petite employée d'une société de courtage aliénée par son souci du paraître ; une autre employée (Bae Doona) partagée entre le bain public familial et le rôle de typographe pour un poète handicapé ; une jeune fille qui glande avec ses grands-parents et son chat ; et des jumelles d'origine chinoise qui vivotent en vendant des babioles. Le chat sert de symbole pour le lien ténu qui unit ces jeunes femmes. Il est aussi l'incarnation de celui qui retombe toujours sur ses pattes malgré les coups durs. Un symbole de la condition féminine. Finalement, les grands-parents meurent dans l'écroulement de leur toiture et révèle le vide autant existentiel qu'économique dans lequel sont plongées les jeunes sud-coréennes, car le film se veut clairement une étude sociologique généralisable au-delà de ses personnages.


* Fin d'une époque

« Take Care of My Cat » est sorti en 2001, presque en même temps que « Waikiki Brothers » de Yim Soon-rye et d'autres petits films dotés d'une forte esthétique réaliste. Ce qui les caractérise est le nombre de longs plans montrant les paysages urbains. Ces derniers sont d'une laideurs abyssale – ici la région de la ville portuaire d'Incheon - , pris entre industrialisation sauvage et restes moribonds d'un habitat traditionnel sans éclat. Le peu d'intrigue du film représente aussi l’esthétique réaliste, plus attachée à décrire des personnages et leur interaction avec leur milieu naturel et social. On y sent donc l'influence de la première vague du cinéma local, depuis au moins « Chil-su et Man-su » de Park Kwang-su en 1988. Mais cette volonté de donner un miroir réaliste à un pays qui a longtemps vécu dans les illusions idéologiques des dictatures semble moins intéressante en 2001. « JSA » de Park Chan-wook ou « Shiri » de Kang Jae-gyu ont été à l'affiche l'année précédente, annonçant la vague des blockbusters néo-nationalistes.


* Social pas mort

Le film fit le tour des festival internationaux notamment sur la lancée de la découverte de Bae Doona dans « Barking Dogs Never Bite » de Bong Joon-ho l'année précédente. Hong Kong, Rotterdam et Valencia prennent le film en sélection. La critique locale aussi est éloquente mais déjà pense à autre chose, le marché chinois et les blockbusters. Car si Bae Doona va enchaîner avec succès sur « Sympathy for Mr Vengeance » de Park Chan-wook, la jeune réalisatrice Jeong Jae-eun, fraîchement sortie de la première promotion de la nouvelle école nationale du cinéma (aujourd'hui nommée K'arts) ne va pas voir sa carrière décoller. C'est un peu comme si le portrait de ces jeunes filles à la dérive dans la fiction venait la rattraper dans la réalité. Et ceci, alors qu'elle est diplômée d'une grande école nationale. Elle ne réalise qu'un autre long-métrage quatre ans plus tard, « The Agressives » en 2005 qui passe inaperçu. En 2012, comme par ironie, elle tourne un court-métrage intitulé « Give me Back my Cat », ou « Rendez-moi mon chat », comme pour dire que le symbole de solidarité du chat de son film n'avait pas tenu promesse, et qu'elle n'était pas retombée sur ses pattes aussi facilement.


Après un passage comme enseignante à l'université Sungkyunkwan, Jung alterne documentaire et court-métrage. Comme quoi la dénonciation spectaculaire de la condition misérable des femmes à la télévision, au cinéma ou sur internet, grand ballet d'hypocrisies en tous genres, ne change que très peu la réalité.

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