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Il n’est pas facile pour les non-initiés à la musique traditionnelle coréenne de faire la différence entre les sons d’un geomungo et ceux d’un gayageum car il existe des points communs entre ces deux instruments à cordes. Les Coréens sont nombreux à croire que le geomungo, une cithare à six cordes a été créé par Wang San-ak et que le gayageum qui, de son côté, a 12 cordes, a été inventé par Ureuk. Mais selon le « Samguk Sagi », les chroniques historiques des trois royaumes de la péninsule coréenne, le gayageum aurait été inventé par le roi Gasil de Gaya et non pas par Ureuk.   


Gaya est un ancien royaume qui a existé du 1er siècle au milieu du 6e siècle au sud-est de la péninsule. C’était une confédération réunissant plusieurs pouvoirs, notamment Daegaya sur lequel le roi Gasil a régné au 6e siècle. C’est lui qui aurait créé une cithare à 12 cordes en combinant les différents instruments existant dans les diverses provinces. Il a ensuite demandé à l’un des musiciens de cour du nom d’Ureuk de composer 12 morceaux qui correspondraient aux caractéristiques musicales de chaque province. 1 500 ans après son invention, cette cithare conserve toujours sa forme originale.   


Le roi Gasil rêvait d’une unité nationale à l’aide de la musique, mais le royaume était dans une situation précaire devant l’ambition de conquête de son voisin Silla. Ureuk aurait fui Gaya en 551, 11 ans avant son effondrement pour se rendre en pays ennemi, c’est-à-dire au royaume de Silla, avec, dans ses bras, le fameux instrument baptisé « gayageum », qui peut se traduire littéralement par « instrument à cordes de Gaya ». Le roi Jinheung de Silla a accueilli le musicien en exil à bras ouverts, mais ses ministres n’étaient pas contents de la décision de leur souverain. Ils prétendaient que la musique d’un pays condamné à une fin tragique bouleverserait l’ordre de Silla. A en juger par leur opposition féroce contre Ureuk, ils devaient accorder une grande importance au rôle de la musique dans la société. Le roi Jinheung a pourtant envoyé trois artistes de son royaume au musicien de Gaya pour qu’ils puissent apprendre à danser, chanter et jouer de la fameuse cithare. Une fois les cours terminés, ces trois ont affirmé que la musique de Gaya était compliquée et obscène, puis ils l’ont réinterprétée à leur propre manière. Ureuk était furieux au début, mais, après avoir entendu la musique ainsi née, il a changé d’avis. Il a même déclaré : « La musique est joyeuse mais pas excessive, triste mais pas pathétique. Elle est digne d’être appelée bonne musique. » 


Il existe deux types de gayageum traditionnels. L’un d’entre eux est le « jeongak gayageum » avec plus de 1 500 ans d’histoire, qui est également baptisé « beopgeum ». Mais les cordes de cette cithare sont trop écartées, ce qui rend difficile le jeu d’une mélodie au rythme rapide. Vers la fin de la dynastie Joseon, des modifications ont été apportées à l’instrument afin de mieux l’adapter à l’art du sanjo mais aussi d’aider les musiciens à jouer différentes mélodies folkloriques : la taille a été réduite et les cordes ont été rapprochées. La cithare ainsi née est nommée « sanjo gayageum ». 


Lorsque la musique occidentale a été importée en Corée, le gayageum a subi des changements encore plus dramatiques pour que l’instrument puisse jouer des types musicaux plus variés. Le nombre de cordes est passé de 12 à 13, puis à 15 voire à 18. Les cordes en soie traditionnelles ont été remplacées par des cordes en métal. Pour les créations musicales contemporaines, le gayageum à 25 cordes avec des cordes en fibres synthétiques est utilisé. 


[Liste des mélodies de cette semaine]

1. « La fenêtre de l’est » interprété par Kim Byeong-oh au chant en compagnie de Cho Yu-hoe au gayageum

2. Un extrait du sanjo pour gayageum composé par Kim Juk-pa et interprété par Min Mi-ran

3. « Les clochettes des chameaux » interprété par l’Orchestre de gayageum Sookmyung

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