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« Kim Ji-young Born 1982 » ou le féminisme à la coréenne

#Tout un cinéma l 2019-11-06

Séoul au jour le jour


L'adaptation du best-seller « Kim Ji-young Born 1982 » de la romancière Cho Nam-joo était depuis longtemp attendue. Le roman date de 2016 et a été un succès de librairie surtout au Japon et en Chine, occasionnant des polémiques en Corée du Sud. En 2018, néanmoins, le fait que le président Moon Jae-in le reçu en cadeau fit monter les ventes en flèche avec plus d 'un millions de copies vendues. Il devient le livre de chevet du leader du groupe BTS, c'est dire. 


* L'histoire

Dans l'histoire racontée par le roman et le film, un psychiatre prend en observation la patiente Kim Ji-young (l'un des noms plus communs en Corée du Sud, un peu comme Marie en France), censée représenter l'archétype de la sud-Coréenne de son âge : après s'être faite engrossée, elle doit quitter son boulot et devenir une femme-mère au foyer. Peu à peu, elle se sent traiter comme une handicapée autant physique que mentale par son entourage familial et autre. Elle devient une « mom-choong », une marâtre parasite. Devenue une persona bien loin de son identité originelle désormais perdue, elle perd aussi la boussole.


* Le débat

Lors de la sortie du roman, les femmes, première lectrices en Corée du Sud mais aussi en Chine et au Japon, ont largement approuvé le livre, alors que les hommes avaient tendance à dénoncer, non pas la vision de la mère de famille mais celle du père de famille qui se reflétait à travers elle : un mâle simplet, macho, sexiste, autoritaire et abusif. L'anti-féminisme sud-coréen est notoire. Les messages de haine se sont fait nombreux sur les réseaux dits sociaux. A l'annonce de la production du film et du choix de Jung Yu-mi dans le rôle de la mère, elle aussi a été prise à partie par des messages haineux.


* Féminisme ?

D'un point de vu français, avec l'héritage de Simone de Beauvoir et du MLF, il n'y aurait, avec cette histoire, pas de quoi fouetter un chat. Il n'y a qu'à penser à cette scène où le problème de Kim Ji-young est de ne pas pouvoir passer les fêtes de Chuseok avec sa famille mais avec sa belle-famille comme le veut la tradition au pays du Matin clair. L'épouse est une personne rapportée, qui quitte sa maisonnée d'origine pour servir celle de son mari. Discuter les rôles sociaux définis par la tradition, est-ce vraiment du féminisme ? Au niveau de l'adaptation cinématographique, le choix de la star masculine Gong Yoo pour interpréter le mari élimine les risques de critiques sur le personnage controversé dans le roman. Cet acteur est intouchable en modèle de l'homme moderne coréen. En le voyant sur des affiches géantes vantant l’arôme d'un café, qui pourrait l'accuser d'être un mari bourrin ? Le film simplifie l'intrigue et joue sur l'opposition de base homme-femme sans trop de risques, faisant défiler quelques épisodes du roman comme dans une longue bande-annonce. Au niveau de l'industrie du cinéma local, on voit comment les scandales ne font pas peur aux producteurs et aux distributeurs ; au contraire, ces derniers savent qu'ils pourront bien remplir leurs caisses sans fonds. Pour leur nouveau film ensemble après « Train to Busan », on peut dire que Gong Yoo et Jung Yu-mi ont créé une nouvelle forme de zombies au cinéma.

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