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« I Love Watching » ou la fin des salles de cinéma en Corée

#Tout un cinéma l 2021-11-24

Séoul au jour le jour


Le jeune réalisateur de « I Love Watching » Yoon Ki-hyung vient de signer un documentaire rare au pays du Matin clair. En effet, il s'agit d'évoquer la disparition des salles de cinéma indépendantes de quartier, notamment la salle Aegwan située à Incheon dans le nord-ouest du pays. Quelle est l'histoire de ces petites salles de moins en moins nombreuses face aux multiplexes géants qui enlaidissent les villes ?


* L'histoire d'Aegwan

Comme l'explique le documentaire, la salle d'Aegwan est née à Incheon à partir d'un temple bouddhiste. Le port était alors à l'orée de son aventure internationale mais aussi aux portes de la colonisation japonaise. Les dates sont confuses, mais cette salle d'Incheon aurait vu le jour en même temps que la première salle officielle du même nom en 1902 à Séoul. Notons toutefois que ces salles n'étaient faites pour demeurer des salles de quartier. Il s'agissait de projections éphémères de ce qu'on nommait les kino-drama, des spectacles multimédias avec danses de gisaeng et représentations théâtrales de type Shinpa (drame naturaliste à l'occidentale). 


* Danseong-sa

L'empereur Gojong et sa famille ont joué un grand rôle en appréciant le cinéma que les étrangers, notamment Burton Holmes, leur présentait aux alentours de 1901-1902.  Le monarque décida donc de créer une salle dans l'avenue de Jongno au cœur de Séoul. Ce sera le Danseong-sa, en 1907, le premier a être permanent et dédié aux kino-dramas puis aux films. Park Seung-pil, parrain du cinéma coréen, y joua un grand rôle en prenant la charge de la salle en 1910. Mais le chemin était encore long car ce n'est que dans les années 1920 que les films purs de l'âge d'or du cinéma muet connurent un grand succès. Pendant la colonisation japonaise, les salles se divisèrent entre celles où les byeonsa (les bonimenteurs) parlaient coréens et celles où ils parlaient japonais. L'affaire fut réglée au début des années 1940, quand le coréen fut interdit au cinéma par les autorités coloniales.


*Gwangju

La salle la plus connue en Corée comme symbole des exploitants de films indépendants est celle de Gwangju. Aujourd'hui encore, ce n'est qu'une salle avec un seul écran. Fondée en 1935, elle a résisté aux multiplexes qui ont ravagé le paysage et les habitudes des cinéphiles. Le Danseongsa, par exemple, a été remplacé par un multiplexe CGV. Durant la colonisation, la salle de Gwangju se targuait de dépasser la capacité de la salle du gouvernement colonial avec 1 200 places contre 674. Choi Sun-jin en était le propriétaire, et il ne cachait pas son antipathie pour les autorités nippones. De là est née l'idée que les salles de cinéma étaient des espaces de débats publics.


* Le rouleau compresseur des multiplexes

Le documentaire, comme une carte postale d'un cinéphile pour sa salle préférée, et ses nombreuses interviews, notamment celles de Bong Joon-ho, Choi Bul-am, Park Jeong-ja et de Yim Sun-rye résonne clairement comme une épitaphe pour une époque révolue du cinéma. En effet, les salles indépendantes disparaissent une à une. La grand vague de construction de multiplexes dans les années 1990, sous l'égide de CJ Entertainment avec CGV, puis de Lotte Entertainment et de Megabox, ont fait disparaître à grands coups de blockbusters et de pop-corn les bonnes vieilles salles. Ces dernières étaient dispersées dans les quartiers, les familles y allaient tous les week-ends, les jeunes comme Bong et les vieux y passaient leur temps. Une intimité familière existait alors. Certaines salles étaient spécialisées dans les films d'arts martiaux, dans les romances, les films étrangers ou les films d'hôtesses.


Tout cela a disparu dans la grande standardisation des multiplexes. L'Etat, après des années de discours pour aider à contrebalancer le gros business de la distribution de film, a presque baissé les bras. On est loin des politiques culturelles à la française. Il est donc tout à l'honneur du réalisateur Yoon Ki-hyung de s’intéresser à ce drame. Il s'agit de son deuxième film documentaire, son premier « Dancing Cat » avait attiré l'attention en 2011. Il raconte l'histoire d'un amoureux des chats errants. C'est peut-être comme cela que se sentent aussi les vieux cinéphiles des années 1950-60.

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