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C’est un îlot assez mystérieux ; il est tantôt visible, tantôt invisible. En réalité, c’est un rocher la plupart du temps submergé, dont le sommet n’apparaît, à quelques mètres au-dessus de l’eau, que par marée basse. Il est situé dans le sud de la mer Jaune, à 149 km au sud-ouest de l’île coréenne de Marado, appartenant à l’île méridionale de Jeju.

 Sur des cartes internationales, il est désigné par le nom de Socotra, appellation qui vient du nom du navire marchand britannique qui, en 1900, découvrit ce rocher. Son nom coréen officiel est Parangdo. Mais le rocher, sur lequel le gouvernement sud-coréen a construit en 2003 une station océanographique, est plus connu sous le toponyme populaire d’Ieodo, inventé sans doute par les habitants de Jeju. Que signifie ce nom, « ieo » plus précisément, car « do » est un nom commun désignant une île ? On l’ignore. Même les vieux autochtones de Jeju sont incapables d’expliquer son origine.

On peut toutefois présumer que l’invention de ce nom est liée à une vieille conviction des insulaires. Selon eux, les marins pêcheurs portés disparus en mer ont trouvé refuge à Ieodo et y vivent heureux au point de ne pas envisager de retourner sur leur île. C’est sans doute une histoire inventée par des gens qui avaient leur proche parmi ces marins naufragés, afin d’alléger leur tristesse, histoire à laquelle fait référence un vieux chant folklorique de Jeju : « Habite-t-il à Ieodo ? » Ainsi pouvait s’interroger par exemple la femme d’un marin pêcheur en attendant désespérément le retour de son mari.

Ce chant est effectivement entonné en général par des femmes, et en particulier par des « haenyeo », des femmes plongeuses en apnée, à bord d’une barque qui les conduit au large. Dans ce cas précis, c’est un chant de travail qui les aide, non pas, bien sûr, à lutter contre l’ennui, mais à vaincre la peur. La plongée en apnée est effectivement une activité assez risquée ; une « haenyeo », même si elle est assez expérimentée, peut être emportée par des flots au risque d’y laisser sa peau. Si jamais cela lui arrivait, elle rejoindrait, selon une vieille légende de Jeju, les marins pêcheurs ayant trouvé refuge à Ieodo et vivrait heureuse comme eux, et ce d’autant plus qu’elle pourrait y retrouver son mari.

 Imaginez cette fois un groupe de femmes faisant une pause pendant leur travail. Quelle tâche à accomplir en commun les a réunies ? Le ramendage par exemple. Ce sont effectivement les femmes de Haenam, une commune sur la côte sud de la Corée, située à proximité d’une zone de pêche. Elles ne se reposent pas chacune dans leur coin. Au contraire, elles se rapprochent les unes des autres autour d’un « mul janggu ». Qu’est-ce que c’est ? Eh bien, « mul », c’est en coréen « l’eau » ; « janggu » le nom d’un instrument de percussion, un tambour à bâton. « Mul janggu », un « tambour à eau » ? Les femmes faisant une pause se sont retrouvées en réalité autour d’une grande cuvette remplie d’eau sur la surface de laquelle flotte une calebasse, « bagaji » en coréen. Une femme la retourne avec le côté concave vers le bas et se met à la frapper de façon rythmique. Voilà le « mul janggu » à l’accompagnement duquel tout le monde chante.

« Le Chant Dungdangae » : ainsi s’appelle leur chanson. « Dungdangae » est une onomatopée désignant le son produit par un instrument de musique rudimentaire qu’est le « mul janggu ». Le même groupe de syllabes constitue aussi le refrain de cette chanson originaire de Haenam. Chacune des femmes à son tour chante un couplet, les autres le refrain.

Les paroles semblent exprimer une aspiration à l’émancipation, un désir qui aurait été partagé par toutes les femmes dans une société traditionnelle, voire phallocratique. « Me voici dans une montagne », dit un couplet. « Je cueille une fleur et je m’en coiffe / Je détache une feuille et je la porte entre mes lèvres / Ainsi parée, je visite un temple / Tout le monde me fait un grand sourire ». Ces paroles nous laissent imaginer une femme libérée de la tutelle de ses parents ou de son mari, même pour une journée. Elle en profite pour faire une randonnée en montagne et aussi pour donner libre cours à sa coquetterie. Quant à sa visite d’un temple bouddhiste, cela ne revient pas forcément à dire que c’est une femme pieuse. En fait, hier comme aujourd’hui, la maison du bouddha accueillait autant de touristes que de fidèles. Dans le passé, c’était par ailleurs pratiquement le seul lieu public où les deux personnes de sexes opposés pouvaient se retrouver sans se préoccuper du qu’en-dira-t-on.

Selon les paroles du « Chant Dungdangae », qui pouvaient paraître quelque peu licencieuses pour les hommes, c’était en particulier quand elles se retrouvaient entre elles que les femmes dans une société traditionnelle se débarrassaient de la pudeur et pouvaient notamment dire tout ce qu’elles avaient envie de dire. Rappelons qu’en Corée, avant la modernisation, le bavardage figurait parmi les sept pêchés contre lesquels les mœurs mettaient le sexe féminin en garde.

Quant à un autre chant de travail pour femmes, « Ninani ». certains hommes le qualifierait de fracassant, et ce en se souvenant d’un vieux dicton : « Quand elles sont pas moins de trois à bavarder, une assiette se casse. »


Liste des mélodies de cette semaine

1. « Habite-t-il à Ieodo ? » par Soreum.

2. « Le Chant Dungdangae » par Park gye-shin.

3. « Ninani » par Cha Young-nyeo. 

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