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Cinéma & dramas

Corée : cent ans de guerre (première partie)

#Tout un cinéma l 2020-06-24

Séoul au jour le jour


Le documentaire « Corée : 100 ans de guerre » de Pierre-Olivier François, bricolé à la manière de la vieille tradition du documentaire didactique, est probablement une introduction des plus surprenantes aux figures du taekwondo, celles qui ponctuent les différentes parties du film. On y retrouve les interviews de figures anglophones de l'histoire coréenne comme Bruce Cumings, Andrei Lankov ou encore Charles Armstrong. Comme l'annonce la promo, on y trouve des interventions nord-coréennes pour équilibrer les points de vues : peut-être, mais à égalité de didactisme, c'est certain.


* Des clichés médiatiques

Le genre du documentaire didactique à l'ancienne ne peut se passer de phrases sensationnalistes : le film s'ouvre donc sur les célèbres exagérations qualifiant la DMZ de « zone la plus militarisée du monde », puis la Corée du Nord comme « le pays le plus fermé au monde » ; et le nec plus ultra du sensationnel celle de la rencontre Donald Trum-Kim Jong-un annonçant une ère de paix, de prospérité et de bonheur à tous les étages. Bref, on est dans les clichés médiatiques dont certains restent mystérieux un peu comme les chiffres dans les bibles : « 70 ans de division du peuple » un peu plus tard cela devient « 65 ans de confrontations », sans compter les « 100 ans » évoqués dans le titre, à la correspondance peu claire ; peut-être à propos de Dangun, dont le film ne nous épargne pas une présentation en première partie ?


*National identitaire

Très vite, à partir de l'évocation de la naissance des Coréens d'une femme ours qui s'est accouplée avec un fils de dieu, Hwanwoong, descendu évidemment du ciel, on comprend qu'il s'agit de spéculer sur la réunification coréenne sous l'égide de l'identité nationale. On est forcé d'entendre l'écho européen dans ce discours où les terribles puissances impérialistes viendraient nuire aux légitimes nationalismes identitaires anti-maastrichiens et anti-mondialisation. Le film va d'ailleurs très vite esquiver la longue histoire de la péninsule pour sauter à pieds joints sur la période de la colonisation nippone qui permet d'illustrer le parallèle : Séoul modernisé de force par les Nippons, japonisation des noms, interdiction des traditionnels habits blancs et suppression de la culture locale. Etrangement, le film n'évoque pas l'enjeu central de la langue. En tout cas, il donne l'impression que les Coréens n'ont jamais eu d'activités politiques et intellectuelles propres avant d'être mis sous pression étrangère. Ce qui explique l’impasse du film sur les monarchies despotiques et esclavagistes et sur les ébullitions socio-politiques des 19e et (débuts) 20e siècles coréens.


*De « bons » dictateurs ?

Ce qui fera grincer les dents de nombreux spectateurs, c'est la propension du film à broder sur les compétences supposées des dictateurs du Sud comme du Nord. C'est en particulier, la comparaison entre Kim Il-sung et Park Chung-hee qui frappe. Sur des images d'un film de fiction nordiste montrant des partisans flinguer des collabos pro-nippons, on suggère presque que les deux leaders auraient combattu dans le même camps si les méchants impérialistes n'étaient pas là. Le film va continuer à broder sur cette lancée jusqu'à rappeler qu'en 1972, les deux « hommes forts » s'étaient rapprochés via leurs multiples services d'espionnage et de répression pour envisager, dans toute leur magnanimité bien connue, une possible réunification pacifique. Las, nous dit la bande-son de sa voix mélodramatique : le destin changea son cours, et un sicaire nordiste tenta de flinguer Park et tua sa femme en 1974. Quid des forces en lutte contre les deux dictateurs ? Pas totalement : on aperçoit soudain Kim Dae-jung, hilare et joufflu puis larmoyant, et on nous dit que survivant de plusieurs attentats, il deviendra un grand homme d'Etat. Un peu plus loin, deux ou trois plans viendront rappeler rapidement le massacre de Gwangju.


*Le clou est au Nord

Le plus étonnant est le rapprochement Nord-Sud basé sur la négation du communisme coréen. Le Sud serait national identitaire comme le Nord car le communisme n'aura jamais vraiment existé comme le répètent le spécialiste Armstrong puis Sianouk (prince francophile du Cambodge chassé par les khmers rouges). Mais, quand, un peu plus tard on nous fait l'éloge de la reconstruction du Nord avec l'aide des pays communistes cousins, la Chine et l'URSS, on se perd en conjectures. De même, l'industrialisation à marche forcée du Nord est mis en parallèle avec la politique Yusin de Park intronisé comme « celui qui a sorti (les Sudistes) de leur misère » : l'économie victorieuse (et nationale identitaire) avant tout, donc, et quid des libertés et de l'oppression. La deuxième partie du film s'avère prometteuse..., donc.

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