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Unifier le monde par la musique, c’est-à-dire inventer un genre musical qui puisse être aimé de tout le monde ? Ce fut l’ambition d’un prince du VIe siècle en Corée, un certain Gashil dirigeant un Etat de la confédération de Gaya dans le sud de la péninsule. N’étant pas assez puissant, présume-t-on, pour s’imposer sur les autres princes, cet ambitieux voulût que sa principauté exerce une hégémonie sur le plan culturel.

A-t-il réussi son pari ? Alors que l’histoire n’en dit rien, son ambition est censée avoir donné naissance au gayageum, probablement le plus connu des instruments de musique coréens, dont le nom fait donc référence à la confédération de Gaya. Son invention est attribuée à un certain Ureuk, musicien de la cour. Il aurait mis au point cet instrument à cordes sur le modèle d’un instrument de musique chinois. Lequel ? On l’ignore. En tout cas, cela confirme qu’il n’existe pas de création ex nihilo.

Alors que quelque temps après l’invention du gayageum, les principautés constituant la confédération de Gaya furent une à une annexées par le puissant royaume voisin, Shilla, plusieurs personnalités de ces Etats soumis proposèrent leurs services à la cour du royaume en pleine expansion, dont un musicien qui n’était autre qu’Ureuk. Ainsi, le son du gayageum séduit, voire conquit la sensibilité de la population de Shilla, et bientôt celle de tous les Coréens, car le puissant royaume finit par unifier la Péninsule. D’une certaine manière, le rêve du prince Gashil fut réalisé.

Comportant douze cordes en soie et une caisse de résonance en bois de paulownia, le gayageum, dont la forme et la structure n’ont pratiquement pas changé depuis plus de mille ans, a subi une modification importante à la fin du XIXe siècle, et ce avec l’apparition d’un genre musical nouveau : le sanjo, musique d’improvisation. La taille de sa caisse de résonnance était sensiblement réduite ; les cordes y étaient montées de façon moins espacée ; tout cela pour jouer le sanjo, une musique marquée par l’enchaînement rapide d’une grande variété de notes.

Tout au long de l’histoire du gukak, le gayageum rivalisait avec un autre instrument de musique coréen, presque aussi vieux que celui-là : le geomyngo, également un instrument à cordes pincées, mais à gratter, quant à lui, avec une lame de bambou appelée « suldae ». Il comporte six cordes dont on ne sert pratiquement que de deux, la plus mince et la plus grosse, pour jouer une mélodie.

Si les deux instruments de musique se disputaient notamment la faveur des lettrés confucianistes constituant la classe dirigeante du royaume Joseon, grands amateurs de musique pour la plupart, ces dernières semblaient préférer l’un ou l’autre selon les circonstances. Voici par exemple un tableau du XVIIIe siècle, une scène de genre qui représente le loisir des nobles du Joseon. On y voit trois hommes réunis probablement dans le jardin de chez l’un d’entre eux, en compagnie de kisaeng, la geisha coréenne, à nombre égal. L’homme à gauche semble se ficher complètement des deux autres, et notamment de l’un au milieu qui porte un regard méprisant sur lui ; il est absorbé par une kisaeng sur ses genoux, une main posée sur la jupe de celle-ci, entre les cuisses. Quant à l’homme à droite, le dos tourné, fumant une pipe longue, il écoute une kisaeng jouer du gayageum.

Cet instrument de musique était ainsi privilégié par les confucéens du Joseon, quand ils passaient un moment décontracté, alors qu’ils avaient l’habitude d’écouter jouer du geomungo à sonorité profonde ou d’en jouer eux-mêmes, quand ils avaient besoin d’un recueillement. Cela ne veut pas dire forcément que le geomungo était, à l’époque du Joseon, le compagnon d’un solitaire. Un lettré confucianiste, assez bon joueur de cet instrument de musique, pouvait proposer à son ami en visite chez lui de l’écouter en jouer. Autrement dit, il pouvait lui proposer de se recueillir avec lui. Les retrouvailles des deux amis ont justement donné lieu à la composition d’une sonate pour geomungo, une śuvre contemporaine. Un virtuose de cet instrument de musique, Jung Dae-seok, a un jour rendu visite à son vieil ami installé depuis peu à Gangwon, une région montagneuse, dans une chaumière qu’il a construite de ses propres mains et qu’il a baptisée Surijae. Pour fêter à sa manière les retrouvailles, le musicien a improvisé une sonate pour geomungo à laquelle il va donner le nom de cette demeure.

Un instrument à cordes frottées quant à lui, l’ajeng, son nouveau modèle, inventé au XXe siècle, a rejoint la famille du gayageum et du geomungo, du fait que ses cordes en soie ont été remplacées par du métal et que les musiciens en jouent de façon à les pincer. 


Liste des mélodies de cette semaine

1. « Sanjo pour gayageum du style Choi Ok-sim » par Hamdongjeonweol.

2. « Surijae », sonate pour geomungo jouée par Jung Dae-seok.

3. Un sunawi pour ajeng en métal par Yun Yun-seok.

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